Ça Part

Les produits de retrait et leur mode d’action

Les trente-deux produits nommés sur ce site, chacun avec le mécanisme physique ou chimique par lequel il agit, sa dose usuelle et sa précaution.

Ce site s’interdit de nommer un produit sans publier son mode d’action. La contrainte est structurelle : les pages tirent leurs tableaux de cette liste, et un produit qui n’y figure pas ne peut pas apparaître dans une page. C’est ce qui empêche la dérive vers la recette.

Les produits sont rangés par famille de mécanisme, et non par rayon de supermarché. C’est le seul classement utile : deux détartrants de familles différentes ne s’emploient pas de la même façon, et deux flacons d’aspect voisin peuvent produire un gaz toxique une fois mélangés.

Aucune marque n’est classée ni notée ici, et aucun de ces produits n’a été testé par le site : une famille est traitée par son principe actif. Les mélanges à ne jamais faire sont sur la page de sécurité, et ce que chaque famille attaque est sur la page de méthode.

Physique

Aucune réaction chimique : un changement d’état, une capillarité, un cisaillement. Souvent le premier geste, et souvent le seul qui gagne du terrain.

9 produits

Polish abrasif

lustrant à charge abrasive calibrée

N’enlève pas la tache : il enlève une épaisseur de vernis, jusqu’à passer sous la marque. C’est une correction par retrait de matière, et le vernis d’une carrosserie n’en fait que quarante à cinquante microns.

Chaque passage consomme du vernis, et il ne s’en refait pas. Sur une peinture mate ou un film de covering, il détruit l’aspect au premier passage. C’est un geste de carrossier, pas de propriétaire.

Chaleur sèche

fer à repasser et papier absorbant

Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.

Fixe définitivement une protéine, un tanin ou un sucre. Vérifier la classe de la tache avant d’approcher un fer.

Décapeur thermique 300 à 550 °C en sortie de buse

Ramollit un film de peinture ou de vernis jusqu’à ce qu’il cloque et se soulève, pour être poussé à la spatule. Le mécanisme n’est pas la migration dans un absorbant mais le décollement par perte de cohésion du liant.

Fait fondre tout thermoplastique et brûle le bois s’il stationne. Sur une peinture d’avant 1949, susceptible de contenir du plomb, la chauffe produit des fumées plombées : le décapage thermique y est exclu.

Froid

glaçon ou congélateur

Fait passer un élastomère sous sa température de transition vitreuse : il devient cassant. Le chewing-gum et le mastic se fracturent alors au lieu de s’étirer.

Vapeur

Apporte chaleur et eau en même temps : elle regonfle une colle à l’eau, décolle un papier peint et ouvre une fibre.

Sur une protéine, c’est de l’eau chaude : elle fixe.

Séchage et ventilation

Supprime la condition de croissance au lieu de traiter le symptôme. Un mycélium privé d’eau cesse de s’étendre, et aucun biocide ne tient si l’humidité revient. C’est le seul « produit » de la classe biologique qui agisse sur la cause.

Ce n’est pas un geste de nettoyage mais un travail de bâtiment : ventilation, pont thermique, infiltration. Sans lui, la tache revient en quelques semaines.

Absorbant sec

terre de Sommières, talc, argile

Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.

Action mécanique

spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration

Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.

Sur une tache liquide, frotter étale : on multiplie la surface au lieu de réduire la quantité.

Glycérine

Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.

Eau

Le solvant universel des molécules polaires. Sa température n’est pas un détail de confort : elle décide si une tache part ou se fixe.

2 produits

Eau froide

Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.

Eau chaude 40 à 60 °C

Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sur une tache de sang, d’œuf, de lait ou de transpiration, l’eau chaude fixe la tache au lieu de l’enlever.

Tensioactif

Construit un pont entre l’eau et le gras. La seule famille qui permette à de l’eau d’emporter quelque chose qui la repousse.

1 produit

Liquide vaisselle

tensioactif anionique

Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.

Enzyme

Découpe une grosse molécule en fragments solubles. Très spécifique, et détruite par la chaleur comme par le chlore.

1 produit

Lessive enzymatique 30 à 40 °C, pH 8 à 9

protéase, lipase, amylase

Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Une enzyme est une protéine : elle se dénature au-delà de 55 à 60 °C, et le chlore la détruit instantanément. Lessive enzymatique et eau de Javel s’annulent mutuellement.

Oxydant

Casse la partie colorée de la molécule. La tache ne part pas : elle cesse de renvoyer de la couleur.

4 produits

Percarbonate de sodium à partir de 40 °C

oxygène actif

Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.

Il a besoin de chaleur : à 20 °C, il ne libère presque rien et ne sert à rien.

Eau oxygénée

peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes

Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.

Décolore les textiles teints. Toujours essayer sur une couture intérieure avant la zone visible.

Eau de Javel du commerce, 2,6 % de chlore actif

hypochlorite de sodium

Oxydation brutale et non sélective. Elle casse les colorants, et elle casse aussi ce qui n’est pas la tache.

Détruit la laine, la soie, le cuir et l’élasthanne. Piqûre l’acier inoxydable. Dégage du chlore avec un acide et des chloramines avec de l’ammoniaque : voir la page de sécurité.

Fongicide de surface

ammonium quaternaire, chlorure de benzalkonium

Tue le mycélium — le réseau de filaments du champignon — sans le décolorer. C’est exactement ce que l’eau de Javel ne fait pas : elle blanchit la tache en surface et laisse le vivant en profondeur.

Ne dispense jamais de traiter la cause : sans correction de l’humidité, la moisissure revient.

Alcalin

Saponifie les corps gras et gonfle la fibre. Au-delà d’un certain pH, attaque aussi les fibres protéiques et l’aluminium.

4 produits

Bicarbonate de sodium pH 8,3 en solution

Deux effets, tous deux faibles : un abrasif très doux — dureté 2,5 sur l’échelle de Mohs, moins dur qu’un ongle — et un tampon légèrement alcalin. Il absorbe aussi les molécules odorantes acides.

Ce n’est pas un détachant. Mélangé au vinaigre, il ne produit que du gaz carbonique et de l’acétate de sodium : les deux agents s’annulent.

Cristaux de soude pH 11 en solution

carbonate de sodium

Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.

Attaque l’aluminium et le bois brut. Porter des gants : le pH 11 dissout le film gras de la peau.

Soude caustique pH supérieur à 13

hydroxyde de sodium

Hydrolyse les esters et coupe les chaînes des polymères. C’est le principe actif des décapants de four et des débouchoirs.

Brûlure chimique profonde et indolore au premier contact. Dégage de l’hydrogène inflammable au contact de l’aluminium. Jamais sur laine, soie, cuir ni peau.

Ammoniaque diluée une cuillère par litre

hydroxyde d’ammonium

Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.

Vapeur irritante pour les yeux et les voies respiratoires : fenêtre ouverte. Avec l’eau de Javel, elle produit des chloramines gazeuses.

Acide

Dissout les carbonates et réduit les oxydes. Attaque tout ce qui est fait de carbonate — marbre, pierre calcaire, joint de ciment.

8 produits

Vinaigre blanc pH 2,4 environ

acide acétique, 8 à 14 %

Dissout les carbonates : le calcaire se transforme en acétate de calcium, soluble, et en gaz carbonique. Neutralise aussi les résidus alcalins et les odeurs ammoniacales.

Aucun effet sur un corps gras. Attaque le marbre, la pierre calcaire, la terre cuite et le liant d’un joint de ciment.

Acide citrique 10 à 20 g par litre, pH 2

Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.

Même interdiction que le vinaigre sur le marbre et la pierre calcaire.

Esprit de sel pH inférieur à 1

acide chlorhydrique

Attaque tous les carbonates sans distinction, et très vite.

Il n’a presque aucun emploi domestique justifié. Il attaque le liant du joint de carrelage qu’il est censé nettoyer, corrode l’acier, et dégage du chlore avec l’eau de Javel.

Acide sulfamique

Acide fort mais solide et inodore, ce qui le rend maniable. C’est l’actif de la plupart des détartrants du commerce : il dissout le carbonate plus vite que le vinaigre sans dégager de vapeur piquante.

Attaque le marbre, la pierre calcaire et le joint de ciment exactement comme les autres acides. Corrode l’aluminium et le laiton.

Acide oxalique

sel d’oseille

Complexe le fer trivalent de la rouille en ferrioxalate, soluble et presque incolore : la molécule d’acide enferme l’ion dans une cage et l’emporte en solution. C’est une complexation, pas une simple attaque acide — et c’est pourquoi le vinaigre échoue là où il réussit.

Toxique par ingestion. Blanchit le bois et attaque le calcaire.

Réducteur au soufre

dithionite ou hydrosulfite de sodium

Réduit le fer trivalent, insoluble et roux, en fer divalent soluble et incolore. C’est le principe actif de la plupart des détachants de rouille du commerce, et il agit plus vite qu’un acide organique.

Dégage du dioxyde de soufre, irritant respiratoire : fenêtre ouverte. Réduit aussi les colorants du textile, donc essai obligatoire sur une couture intérieure.

Acide phosphorique

Convertit la rouille en phosphate de fer, une couche grise adhérente qui protège le métal. On ne l’enlève pas : on la transforme, puis on peint dessus.

Le résultat est gris, pas brillant. Sans intérêt si la surface doit rester nue.

Séquestrant

EDTA, citrate de sodium

Enferme les ions métalliques — calcium, fer, cuivre — dans une cage moléculaire. Il ne dissout pas la tache, il neutralise ce qui l’attache à la matière.

Solvant

Dissout par ressemblance de polarité. La famille la plus efficace et la plus dangereuse pour le support, parce qu’elle ne distingue pas la tache du film qui la porte.

8 produits

Alcool à brûler ou à 90°

éthanol

Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.

Inflammable. Ternit certains vernis à bois et fissure le polystyrène.

Alcool isopropylique

propan-2-ol

Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.

Inflammable. Sur un écran, uniquement dilué et sur un chiffon, jamais versé.

Acétone

propanone

Dissout le cyanoacrylate — la colle forte —, les résines acryliques, les vernis à ongles et les peintures acryliques fraîches. C’est le solvant le plus efficace de la liste, et le plus dangereux pour le support.

Dissout l’acétate, le triacétate, le modacrylique, l’ABS, le polycarbonate et le plexiglas. Sur ces matières, elle ne tache pas : elle troue.

Dissolvant sans acétone

acétate d’éthyle

Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.

Reste un solvant ester : il attaque quand même les vernis et certains plastiques.

White-spirit

essence minérale

Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.

Inflammable et neurotoxique par inhalation. Ne se rince pas à l’eau : il faut ensuite dégraisser au tensioactif.

Essence de térébenthine

Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.

Sensibilisant cutané : une allergie de contact peut apparaître après plusieurs expositions sans réaction.

Dégraissant d’agrume

d-limonène

Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.

Attaque aussi le polystyrène et certains caoutchoucs. Sensibilisant cutané une fois oxydé.

Huile alimentaire ou beurre

Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

L’échange n’est un progrès que si le support supporte le dégraissage qui suit.