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Classer la tache, classer la matière, et croiser les deux

La classification qui organise tout le site : huit classes de taches, sept classes de matières, et pour chaque croisement ce qui agit, ce qui abîme, et pourquoi.

Presque toute la littérature francophone du détachage est organisée par nom de tache et donne un geste : « frottez au vinaigre blanc », « saupoudrez de bicarbonate ». Cela produit des recettes interchangeables, et parfois le mauvais geste — parce que le nom d’une tache ne dit rien de sa chimie, et que le nom d’une surface ne dit rien de sa tolérance.

Ce site est construit sur deux classements explicites et un croisement. La classe chimique de la tache décide de ce qui agit. La classe de matière du support décide de ce qui abîme. La réponse est l’intersection des deux, et cette intersection est parfois vide : c’est le cas de la soie tachée de sang séché, du marbre taché de rouille, de toute brûlure. Le site le dit alors, au lieu de proposer un geste par défaut.

Une conséquence, tenue par le code du site et non par la bonne volonté du rédacteur : aucune page ne nomme un produit dont le mode d’action n’est pas publié, et le tableau de croisement des pages de couple est calculé à partir des tables ci-dessous. Deux pages du site ne peuvent donc pas se contredire.

Le croisement, en une table

Classification du retrait : pour chaque classe de tache et chaque classe de matière, nombre d’agents utilisables sans réserve
Classe de tache M1 Fibre protéique M2 Fibre cellulosique M3 Synthétique thermoplastique M4 Minéral poreux M5 Minéral vitrifié et métal M6 Revêtement et film M7 Peau vivante
POL Polymères et adhésifs 6 8 3 9 9 4 5
GRA Corps gras et cires 6 10 7 9 9 7 7
PRO Protéines 2 4 6 6 6 6 6
TAN Tanins et colorants végétaux 3 4 6 5 6 6 6
COL Colorants en solvant 4 7 3 7 7 3 5
MIN Dépôts minéraux et particules 9 8 8 4 6 8 6
BIO Développement biologique 4 4 3 4 4 3 3
ALT Altérations irréversibles

Lecture : un chiffre donne le nombre d’agents efficaces sur la tache et sans danger pour la matière. Un tilde signale qu’il ne reste que des agents utilisables sous condition. Un tiret signale un croisement vide — il n’y a rien à tenter, et aucune recette ne changera cela.

Axe 1 — les huit classes de taches

Ce qui les réunit est un mécanisme, pas une origine. La peinture sèche et la colle forte sont dans la même classe parce que ce sont deux réseaux de polymère, et qu’on les défait de la même façon.

POL Polymères et adhésifs Partiellement réversible

Tout ce qui a durci en réseau : colle, peinture sèche, joint silicone, chewing-gum, ruban adhésif, vernis, mousse expansive.

Mécanisme. Ce ne sont pas des taches mais des solides posés sur la matière. Une petite molécule s’est liée à ses voisines en un réseau continu — c’est la polymérisation. On ne dilue pas un réseau : on gonfle son liant avec un solvant qui a la même affinité, on le fragilise par la chaleur ou par le froid, puis on le décolle par cisaillement.

Dans la première minute. Ne pas frotter, ne pas tirer. Le geste utile est de délimiter la zone et de choisir le solvant du liant avant de toucher quoi que ce soit.

Substances de cette classe Colle Joint silicone Peinture Chewing-gum

Ce qui agit, par ordre d’essai
  1. Acétone
  2. Dissolvant sans acétone
  3. White-spirit
  4. Dégraissant d’agrume
  5. Huile alimentaire ou beurre
  6. Chaleur sèche
  7. Décapeur thermique
  8. Froid
  9. Action mécanique
  10. Alcool isopropylique
Ce qui aggrave, et pourquoi
  • Action mécanique. Frotter avant d’avoir ramolli le réseau étire l’adhésif et le fait pénétrer plus profond dans la porosité ou la trame.

Sans effet, malgré ce qu’on lit : eau froide — Un polymère réticulé n’est pas soluble dans l’eau, par définition. lessive enzymatique — Aucune enzyme domestique ne coupe un polymère de synthèse. bicarbonate de sodium — Trop peu abrasif pour attaquer un film dur, et chimiquement inerte sur lui.

GRA Corps gras et cires Réversible

Huile, graisse de cuisine, beurre, cambouis, cire de bougie, goudron, cirage, fond de teint, résine de pin.

Mécanisme. Molécules apolaires : leurs électrons se répartissent uniformément, ce qui les rend indifférentes à l’eau, qui est polaire. Deux voies seulement — un tensioactif, qui construit un pont entre les deux mondes, ou un solvant apolaire, qui dissout par ressemblance.

Dans la première minute. Tamponner, puis couvrir d’absorbant sec et attendre. Toute goutte d’eau ajoutée dans la première minute agrandit la tache.

Substances de cette classe Graisse et huile Goudron et bitume Cire de bougie Fond de teint

Ce qui agit, par ordre d’essai
  1. Absorbant sec
  2. Action mécanique
  3. Liquide vaisselle
  4. Eau chaude
  5. Cristaux de soude
  6. White-spirit
  7. Dégraissant d’agrume
  8. Essence de térébenthine
  9. Chaleur sèche
  10. Lessive enzymatique
Ce qui aggrave, et pourquoi
  • Eau froide. Elle n’emporte rien et elle élargit l’auréole : le corps gras s’étale sur le front d’eau au lieu de partir avec elle.

Sans effet, malgré ce qu’on lit : vinaigre blanc — Un corps gras n’est pas un carbonate : l’acide n’a rien à attaquer. eau de javel — Elle décolore le pigment que le gras transporte, et laisse le gras.

PRO Protéines Réversible

Sang, urine, lait, œuf, transpiration, sécrétions animales, sauces à base d’œuf ou de lait.

Mécanisme. Une protéine est une longue chaîne repliée. La chaleur la déplie puis la fait coaguler : elle s’accroche mécaniquement à la fibre et devient insoluble. C’est la seule classe où un geste banal — l’eau chaude — rend la tache définitive.

Dans la première minute. Eau froide, tout de suite, et beaucoup. Rien de chaud, jamais, avant que la tache ne soit partie.

Substances de cette classe Urine Sang Déodorant et transpiration

Ce qui agit, par ordre d’essai
  1. Eau froide
  2. Lessive enzymatique
  3. Ammoniaque diluée
  4. Eau oxygénée
  5. Liquide vaisselle
  6. Percarbonate de sodium
Ce qui aggrave, et pourquoi
  • Eau chaude. Elle coagule la protéine, qui s’ancre alors dans la fibre. Au-delà de 40 °C, la tache est fixée.
  • Chaleur sèche. Même effet, en pire : le fer cuit la protéine dans la trame et la brunit.
  • Vapeur. C’est de l’eau à 100 °C : elle fixe.

Sans effet, malgré ce qu’on lit : vinaigre blanc — Le vinaigre neutralise l’odeur ammoniacale de l’urine mais ne défait pas la protéine. white-spirit — Une protéine n’est pas grasse : un solvant apolaire ne la voit pas.

TAN Tanins et colorants végétaux Partiellement réversible

Vin, café, thé, fruits rouges, herbe, curcuma, sauce tomate, betterave, jus de fruit.

Mécanisme. Des molécules colorées d’origine végétale, solubles dans l’eau tant qu’elles sont fraîches. En séchant, elles s’oxydent et se lient aux fibres. On ne les enlève plus : on casse le chromophore, la partie de la molécule qui absorbe la lumière. La molécule reste, la couleur disparaît.

Dans la première minute. Rincer à l’eau froide en abondance, par l’envers, avant tout produit. Le sel et le vin blanc ne font que diluer — l’eau le fait mieux et gratuitement.

Substances de cette classe Fruits rouges Curcuma et sauces épicées Café et thé Vin Herbe

Ce qui agit, par ordre d’essai
  1. Eau froide
  2. Percarbonate de sodium
  3. Eau oxygénée
  4. Acide citrique
  5. Glycérine
  6. Liquide vaisselle
  7. Eau chaude
Ce qui aggrave, et pourquoi
  • Cristaux de soude. Un pH élevé fonce la plupart des tanins : la tache vire au brun et devient plus difficile.
  • Liquide vaisselle. Sur une tache de tanin non rincée, le savon alcalin peut fixer la couleur. Rincer avant de savonner.
  • Chaleur sèche. Le séchage achève l’oxydation et rend le brunissement permanent.

Sans effet, malgré ce qu’on lit : white-spirit — Un tanin est hydrosoluble : un solvant apolaire n’y accède pas. bicarbonate de sodium — Ni oxydant ni solvant du chromophore. Il absorbe l’humidité, rien de plus.

COL Colorants en solvant Partiellement réversible

Encre de stylo bille, feutre permanent, marqueur, encre d’imprimante, teinture, encre de tampon.

Mécanisme. Un colorant dissous dans un solvant organique, et non dans l’eau. Le solvant s’évapore et dépose le colorant dans la matière. Le remède est le même solvant, ou un solvant de même polarité : l’alcool redissout ce que l’alcool a déposé.

Dans la première minute. Poser un absorbant SOUS la matière, appliquer le solvant par petites touches sur le dessus, et laisser le colorant migrer vers le bas. Sans absorbant dessous, on repousse la tache dans la matière.

Substances de cette classe Encre Stylo bille

Ce qui agit, par ordre d’essai
  1. Alcool à brûler ou à 90°
  2. Alcool isopropylique
  3. Dissolvant sans acétone
  4. Acétone
  5. Liquide vaisselle
  6. Percarbonate de sodium
  7. Ammoniaque diluée
Ce qui aggrave, et pourquoi
  • Eau froide. L’eau ne dissout pas le colorant mais elle le transporte : la tache s’étale sans s’éclaircir.
  • Action mécanique. Frotter un colorant liquide multiplie la surface tachée par deux ou trois.

Sans effet, malgré ce qu’on lit : vinaigre blanc — Rien à attaquer : le colorant n’est ni un carbonate ni un oxyde.

MIN Dépôts minéraux et particules Réversible

Calcaire, tartre, rouille, boue, terre, ciment, plâtre, suie, poussière incrustée.

Mécanisme. Des solides inorganiques. Deux sous-familles au comportement opposé : les carbonates et les oxydes, qu’un acide dissout par réaction chimique, et les particules inertes comme l’argile ou la suie, qu’aucun produit ne dissout et que seule l’action mécanique enlève, à sec.

Dans la première minute. Laisser sécher, puis brosser à sec. C’est l’unique classe où le premier geste juste est de ne rien mouiller.

Substances de cette classe Rouille Dépôt carbonisé Calcaire Boue et terre

Ce qui agit, par ordre d’essai
  1. Acide citrique
  2. Acide sulfamique
  3. Acide oxalique
  4. Réducteur au soufre
  5. Vinaigre blanc
  6. Séquestrant
  7. Action mécanique
  8. Acide phosphorique
  9. Esprit de sel
Ce qui aggrave, et pourquoi
  • Eau froide. Sur une tache de boue ou de terre sèche, mouiller transforme la poussière en pâte qui pénètre la trame. Il faut laisser sécher et brosser à sec d’abord.
  • Eau de Javel. Elle ne dissout pas un oxyde de fer, et elle peut le fixer en oxydant davantage.

Sans effet, malgré ce qu’on lit : liquide vaisselle — Un tensioactif émulsionne le gras. Un cristal de calcaire n’est pas gras. lessive enzymatique — Aucune enzyme ne s’attaque à un minéral.

BIO Développement biologique Partiellement réversible

Moisissure, mérule, algues, lichens, salpêtre, biofilm de joint de douche.

Mécanisme. Ce n’est pas un dépôt, c’est un organisme installé. Ses filaments — le mycélium — pénètrent le support poreux, et la tache noire visible n’est que la partie sporulée. Décolorer la surface ne tue rien : il faut un biocide, un séchage, et la correction de la cause.

Dans la première minute. Ventiler, protéger ses voies respiratoires, et ne pas brosser à sec : le brossage disperse des millions de spores dans l’air de la pièce.

Substances de cette classe Moisissure

Ce qui agit, par ordre d’essai
  1. Fongicide de surface
  2. Séchage et ventilation
  3. Eau oxygénée
  4. Alcool à brûler ou à 90°
  5. Action mécanique
Ce qui aggrave, et pourquoi
  • Eau froide. L’humidité est la condition de croissance. Nettoyer à grande eau sans sécher derrière relance la colonie en quelques jours.

Sans effet, malgré ce qu’on lit : eau de javel — Elle blanchit la spore en surface et donne l’illusion du résultat. Sur un support poreux, son eau nourrit le mycélium qu’elle n’a pas atteint : la tache revient plus étendue.

ALT Altérations irréversibles Irréversible

Brûlure, roussissure de fer, décoloration par l’eau de Javel, jaunissement d’un plastique, rayure, gravure d’un acide sur du marbre.

Mécanisme. Il n’y a rien à enlever. Ce n’est pas une matière étrangère posée sur la surface : c’est la surface elle-même qui a changé de structure. La cellulose a carbonisé, le colorant a été détruit, le polymère a été oxydé par les ultraviolets, la pierre a été dissoute.

Dans la première minute. S’arrêter. Le seul progrès possible est esthétique : recolorer, masquer, remplacer la pièce, ou vivre avec. Aucun produit n’inverse une carbonisation.

Substances de cette classe Brûlure et roussissure

Ce qui agit, par ordre d’essai

Rien. Cette classe n’est pas une tache : c’est la matière qui a changé.

Ce qui aggrave, et pourquoi
  • Eau de Javel. C’est souvent elle qui a causé l’altération. En remettre étend la zone décolorée au lieu de la rattraper.
  • Action mécanique. Poncer une brûlure creuse le support et transforme une marque en trou.

Axe 2 — les sept classes de matières

Chaque classe porte une hachure, comme une matière en coupe sur un plan technique : sept teintes de plus se seraient confondues avec les huit teintes de taches, une hachure ne se confond avec rien.

M1 Fibre protéique porosité forte

Laine, soie, cachemire, mohair, angora, cuir non pigmenté, daim, nubuck, plume, corne, os.

Ce qui décide de sa tolérance. Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui la détruit
  • Eau de Javel. Le chlore rompt les ponts disulfure de la kératine. La laine se dissout, la soie se troue, le cuir se craquelle. Le dommage est immédiat et total.
  • Lessive enzymatique. Une protéase ne distingue pas la protéine de la tache de la protéine de la fibre : elle digère les deux.
  • Soude caustique. Un pH supérieur à 11 hydrolyse la liaison peptidique. La fibre part en bouillie.
  • Cristaux de soude. Même mécanisme, plus lent : la laine feutre et perd son élasticité irréversiblement.
  • Eau chaude. Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.
  • Chaleur sèche. La kératine et la fibroïne se dégradent bien avant la température d’un fer : la laine lustre et roussit, la soie jaunit et perd son brillant. La marque est définitive.
  • Décapeur thermique. Il carbonise une fibre protéique en quelques secondes. Aucun emploi sur cette classe.
  • Percarbonate de sodium. Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
Sous condition
  • Ammoniaque diluée. Alcaline. Très diluée, brièvement, rincée aussitôt — et jamais sur la soie, qu’elle ternit.
  • Eau oxygénée. Toléré à 3 % sur la laine claire, sur essai préalable. Sur la soie, il ternit le brillant.
  • Acétone. Sans danger pour la fibre elle-même, mais elle dissout les colorants et les apprêts.

Passer la main. Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

M2 Fibre cellulosique porosité forte

Coton, lin, chanvre, viscose, lyocell, papier, carton, bois brut, jute, éponge.

Ce qui décide de sa tolérance. Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui la détruit
  • Esprit de sel. Un acide fort hydrolyse la cellulose : le tissu se perce au séchage, souvent des jours plus tard.
Sous condition
  • Eau de Javel. Tolérée sur le coton blanc, elle détruit les colorants et fragilise la fibre à chaque usage. Sur un vêtement de couleur, elle laisse une auréole blanche définitive.
  • Eau oxygénée. Éclaircit les teintures. Essai sur couture intérieure.
  • Eau froide. Sur le bois brut, l’eau gonfle la fibre et lève le grain. Travailler humide, jamais mouillé.
  • Décapeur thermique. Utilisable sur du bois en mouvement constant. Une buse qui stationne roussit la fibre, et la brûlure ne s’enlève plus.

M3 Synthétique thermoplastique porosité nulle

Polyester, polyamide, acrylique, élasthanne, polypropylène, PVC, ABS, polycarbonate, plexiglas, polystyrène, acétate.

Ce qui décide de sa tolérance. Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui la détruit
  • Acétone. Elle dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène. Elle ne les tache pas : elle les troue, les blanchit ou les fissure.
  • Dissolvant sans acétone. Même famille de solvants, même risque sur les mêmes plastiques, en un peu plus lent.
  • Chaleur sèche. Le polyester fond vers 250 °C mais se rétracte dès 120 °C, et l’élasthanne perd son élasticité dès 60 °C. Un fer laisse une marque lustrée définitive.
  • Eau de Javel. Détruit l’élasthanne présent dans presque tous les tissus stretch : l’élastique casse par fragments.
  • Décapeur thermique. Un thermoplastique fond, gondole ou se rétracte bien avant de laisser partir ce qui est posé dessus. La déformation est définitive.
Sous condition
  • Dégraissant d’agrume. Attaque le polystyrène et certains caoutchoucs. Essai obligatoire sur une face cachée.
  • Alcool à brûler ou à 90°. Fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée. Bref contact, chiffon à peine humide.
  • Alcool isopropylique. Le solvant le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies.
  • Action mécanique. Un plastique se raye à la dureté d’un ongle. Aucun abrasif, aucune éponge verte.

M4 Minéral poreux porosité forte

Béton, mortier, joint de carrelage, pierre calcaire, marbre, travertin, terre cuite, tomette, plâtre, placoplâtre, enduit, brique.

Ce qui décide de sa tolérance. Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.

Ce qui la détruit
  • Vinaigre blanc. Le vinaigre dissout le carbonate de calcium. Sur du marbre, de la pierre calcaire ou du travertin, il laisse une zone mate et rugueuse, gravée, qui ne se repolit pas au chiffon.
  • Acide citrique. Même réaction, un peu plus lente. Le pouvoir chélatant n’y change rien.
  • Esprit de sel. Attaque le liant du joint de ciment qu’on prétend nettoyer : le joint devient sableux et se creuse.
  • Acide sulfamique. C’est l’actif des détartrants du commerce, et il grave la pierre calcaire aussi sûrement que le vinaigre. Un détartrant sur du marbre laisse une zone mate en creux.
Sous condition
  • Eau de Javel. Sans danger pour la pierre siliceuse, mais elle blanchit un joint coloré et laisse une carte de zones claires si elle est appliquée partiellement.
  • Action mécanique. Un abrasif ouvre la porosité et rend la surface plus salissante qu’avant.

Passer la main. Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.

M5 Minéral vitrifié et métal porosité nulle

Verre, miroir, émail de baignoire, faïence vitrifiée, grès cérame, inox, acier, aluminium, cuivre, laiton, chrome, fonte.

Ce qui décide de sa tolérance. Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.

Ce qui la détruit
  • Eau de Javel. Le chlorure piqûre l’acier inoxydable : il perce localement la couche passive de chrome et creuse des points de rouille qui ne partent plus.
  • Soude caustique. Attaque l’aluminium et dégage de l’hydrogène inflammable. Une casserole en alu noircit et se pique définitivement.
  • Esprit de sel. Corrode l’acier, le cuivre et le laiton en quelques minutes.
Sous condition
  • Vinaigre blanc. Excellent sur le verre et l’émail. À rincer immédiatement sur l’aluminium et le laiton, qu’il ternit.
  • Action mécanique. Aucun abrasif sur le verre, le chrome ni l’inox brossé : la rayure est définitive et se voit sous toutes les lumières.

M6 Revêtement et film porosité nulle

Peinture, vernis, laque, carrosserie vernie, stratifié, mélaminé, cuir pigmenté, similicuir, revêtement antiadhésif, oléophobe d’écran, film de protection, papier peint vinyle.

Ce qui décide de sa tolérance. La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui la détruit
  • Acétone. Dissout tout vernis et toute peinture, y compris celle qu’on essaie de protéger. Sur une carrosserie, elle mate le vernis en quelques secondes.
  • Alcool à brûler ou à 90°. Détruit l’oléophobe d’un écran — la couche qui repousse les traces de doigt — et ternit les vernis à bois.
  • Dissolvant sans acétone. Même effet que l’acétone sur les vernis, à peine plus lent.
  • Essence de térébenthine. Ramollit la peinture glycéro, y compris celle du support.
  • Action mécanique. Le film ne fait que quelques microns : le moindre abrasif le traverse et met le support à nu.
  • Décapeur thermique. C’est exactement son emploi : il fait cloquer le film. Utile quand on veut décaper, destructeur quand on voulait seulement nettoyer.
Sous condition
  • White-spirit. Toléré brièvement sur une carrosserie vernie, jamais sur une peinture mate ni sur un plastique de tableau de bord.
  • Alcool isopropylique. Dilué à 30 %, sur chiffon, pour un écran ou un stratifié. Jamais versé, jamais sur un joint.
  • Soude caustique. C’est le principe du décapant : elle enlève effectivement la peinture, y compris celle qu’on voulait garder.

M7 Peau vivante porosité faible

Peau, mains, doigts, ongles, cuir chevelu, muqueuses.

Ce qui décide de sa tolérance. La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.

Ce qui la détruit
  • Acétone. Dissout le film lipidique de la peau et provoque une dermatite de contact : dessèchement, fissures, sensibilisation durable.
  • Soude caustique. Brûlure chimique profonde, et indolore au premier contact — c’est ce qui la rend dangereuse.
  • Eau de Javel. Brûlure caustique et sensibilisation respiratoire. Aucun usage cutané.
  • Esprit de sel. Brûlure immédiate.
  • Acide oxalique. Toxique par voie cutanée et irritant sévère.
  • White-spirit. Passe la barrière cutanée. Neurotoxique, et interdit sur les mains d’un enfant.
  • Essence de térébenthine. Sensibilisant : l’allergie de contact apparaît après plusieurs expositions sans réaction.
  • Décapeur thermique. Brûlure thermique immédiate. Un décapeur souffle entre trois cents et cinq cent cinquante degrés.
Sous condition
  • Huile alimentaire ou beurre. Le premier choix sur la peau : sans risque, lent, efficace sur la plupart des adhésifs et des corps gras.
  • Alcool à brûler ou à 90°. Toléré brièvement sur une petite surface. Dessèche, et brûle sur une peau lésée.
  • Action mécanique. Jamais de lame, jamais de brosse dure : une plaie sous une colle est une porte d’entrée pour une infection.

Passer la main. Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.

Ce que cette méthode ne résout pas

Une classification déplace la difficulté, elle ne la supprime pas. Le point faible est ici l’identification de la matière : personne ne sait au toucher si un canapé est en microfibre de polyester ou en coton mélangé, ni si un plan de travail est du chêne massif ou un panneau plaqué. Les pages de matière publient donc des tests concrets — la goutte d’eau, l’aimant, le chant du panneau, l’étiquette d’entretien — et c’est le préalable de tout le reste.

Deuxième limite : une tache réelle appartient souvent à deux classes à la fois. Le cambouis est un corps gras chargé de particules de carbone. Une sauce au curry est un colorant porté par de l’huile. Un cappuccino est un tanin plus une protéine de lait, et c’est le lait qui interdit l’eau chaude que le tanin réclamait. Dans ces cas, l’ordre des opérations est la réponse, et les pages concernées le disent.

Troisième limite, la plus honnête : le site n’a testé aucun produit. Il ne publie pas de résultats d’essais, ne classe aucune marque et ne donne aucune note. Ce qu’il publie sont des mécanismes physico-chimiques et leurs limites, ce qui est vérifiable, et une famille de produits y est toujours traitée par son principe actif.

La page de sécurité complète celle-ci : elle liste les mélanges qui produisent un gaz toxique ou détruisent une matière, avec le nom du produit formé et son effet.