En bref

  • Le goudron est un mélange d'hydrocarbures lourds : il ne durcit pas comme un polymère, il reste plastique, et il s'étale au moindre frottement.
  • Seul un solvant apolaire l'attaque — white-spirit, dégraissant d'agrume, ou une huile alimentaire sur les supports fragiles.
  • Sa viscosité chute avec la chaleur, mais un vernis de carrosserie chaud est aussi plus vulnérable au solvant : on travaille à l'ombre, sur peinture froide.
  • Ni l'eau, ni le vinaigre, ni l'eau de Javel n'ont d'action : la javel décolore le pigment et laisse le bitume.

Le goudron est un mélange d’hydrocarbures lourds, franchement apolaire et très visqueux, qui ne durcit jamais complètement : il reste plastique, et c’est pourquoi il s’étale sous le moindre frottement au lieu de se détacher. Seul un solvant apolaire l’attaque — white-spirit, dégraissant d’agrume, ou une huile alimentaire sur les supports fragiles. Sur une carrosserie, le produit compte moins que le temps de contact.

Ce que c’est, et pourquoi ça tient

Le bitume de route est un résidu de distillation du pétrole : de très grosses molécules d’hydrocarbures, des asphaltènes et des résines, qui n’ont ni oxygène ni azote accessibles. Cela en fait la substance la plus apolaire du site, plus encore qu’une huile alimentaire. Une molécule apolaire est indifférente à l’eau, non par hostilité mais par absence de prise : il n’y a rien sur elle à quoi l’eau puisse s’accrocher.

Sa deuxième particularité est physique plutôt que chimique. Un bitume n’a pas de température de fusion nette : il passe continûment d’un état presque solide à un état pâteux puis liquide, sur une plage de plusieurs dizaines de degrés. À vingt degrés il paraît sec, à cinquante degrés au soleil il colle aux doigts. C’est ce qu’on appelle un comportement viscoélastique, et cela signifie qu’il n’y a jamais de réseau rigide à casser.

L’adhérence, elle, est faible mais la cohésion est forte, ce qui produit un comportement contre-intuitif. Le point de goudron ne tient pas vraiment à la peinture ; il tient à lui-même. On peut souvent en décoller un bloc entier d’un coup d’ongle sur du verre, alors qu’un frottement latéral l’étale sur dix centimètres. La direction du geste importe donc plus que la force.

Le goudron transporte enfin des particules de gravier fin et de poussière de route, ce qui en fait une tache abrasive. Un chiffon passé à sec sur un point de goudron frais promène ces particules sur le vernis et laisse des micro-rayures visibles en plein soleil. La même remarque vaut pour la résine de pin, très voisine chimiquement, qui arrive presque toujours chargée de pollen et de poussière.

Ce qui la fait partir

Un solvant apolaire, et le principe est la simple ressemblance : ce qui est apolaire dissout ce qui est apolaire. Le white-spirit est la référence, parce qu’il attaque les hydrocarbures lourds sans être aussi agressif qu’un solvant cétonique sur les supports. Le dégraissant d’agrume fait le même travail par un autre chemin, avec un pouvoir un peu supérieur sur les résines naturelles comme la résine de pin.

L’huile alimentaire mérite d’être considérée à part, parce qu’elle est le seul agent utilisable sans risque sur les supports les plus fragiles et sur la peau. Elle applique la règle du semblable au semblable et ramollit le bitume en quinze à trente minutes de contact. On échange une tache impossible contre une tache grasse ordinaire — un progrès réel, à condition que le support supporte le dégraissage qui suit.

La chaleur entre dans le tableau comme un adjuvant, pas comme un agent. En abaissant la viscosité, elle rend le bitume plus mobile et donc plus accessible au solvant : le même point de goudron s’enlève plus vite sur une pièce tiède que sur une pièce froide. Mais elle porte un piège dont il sera question plus bas, et elle ne remplace jamais le solvant.

Le geste, lui, est plus important que le produit. On tamponne, on ne frotte pas ; on travaille du bord vers le centre pour ne pas élargir ; on change de face de chiffon à chaque passage, parce qu’un chiffon chargé de bitume est un outil qui étale. Sur un textile, un absorbant placé sous la matière reçoit le bitume dissous et l’empêche de traverser vers l’autre face.

Selon la matière

Sur une fibre protéique, le white-spirit ne détruit pas la fibre mais il emporte les colorants et les apprêts, et l’eau chaude nécessaire au dégraissage final est interdite au-delà de trente degrés. Le compromis raisonnable est l’huile, puis un tensioactif doux à l’eau tiède, en acceptant un résultat partiel. Sur du daim ou du cuir non pigmenté, il n’y a pas de solution domestique : le bitume est entré dans la peau, et c’est un cas d’atelier.

La fibre cellulosique ouvre la voie complète. On dissout au white-spirit avec un absorbant dessous, on dégraisse au liquide vaisselle pur, puis on lave à la température maximale de l’étiquette d’entretien. Le carbonate de sodium peut aider sur un coton blanc en saponifiant ce qui reste, et le brossage est autorisé. C’est la matière où un bon résultat est le plus probable.

Le synthétique thermoplastique demande de la modération sur deux fronts. Le polyester est lui aussi apolaire, donc il retient le bitume mieux que le coton, et la tache est plus tenace à traitement égal. Et le dégraissant d’agrume attaque le polystyrène et certains caoutchoucs, ce qui impose un essai sur une face cachée — sur un pare-chocs en polypropylène, en revanche, la tolérance aux solvants est bonne.

Le minéral poreux est le cas le plus décevant : sur un béton, une terrasse, une pierre, le bitume a rempli les pores et le retrait complet est hors de portée. On enlève le relief à la spatule, on pose un cataplasme d’absorbant chargé de solvant sous un film pendant plusieurs heures, et on obtient une atténuation. Les acides n’ont aucun effet sur un hydrocarbure et abîment un support calcaire, ce qui les exclut deux fois.

Le minéral vitrifié est le terrain le plus facile. Rien n’a pénétré, le solvant est sans risque, et sur du verre une lame utilisée mouillée et à plat retire le dépôt d’un bloc. Les seules réserves sont l’absence d’abrasif sur l’inox brossé et sur le chrome, où la rayure est définitive, et l’absence d’eau de Javel sur l’inox, dont les chlorures percent la couche passive.

Le revêtement est la matière qui commande toute la prudence de cette page, parce que c’est la plus fréquente : un point de goudron arrive sur une carrosserie vernie, un bas de caisse laqué, une jante vernie. Le film fait quelques dizaines de microns, l’acétone le mate en quelques secondes, et le white-spirit lui-même le ramollit s’il reste en place. Sur une peinture mate ou un covering, la réponse est de ne rien faire soi-même. Sur la peau, l’huile est le premier choix, et le white-spirit est à écarter : il passe la barrière cutanée et il est neurotoxique.

Les erreurs qui la fixent

Frotter, encore et toujours. Le bitume ne casse pas, il se déforme : chaque passage de chiffon appuyé transforme un point de cinq millimètres en une trace de cinq centimètres, plus fine donc plus difficile à saturer de solvant. Sur un vernis, le même frottement promène les graviers contenus dans le goudron et raye la surface, ce qui ajoute un dommage définitif à un problème temporaire.

Laisser le solvant agir, sur un revêtement. C’est l’erreur propre à l’automobile, et elle vient d’une bonne intention : on pose un chiffon imbibé et on va faire autre chose. Le white-spirit essuyé en dix secondes ne fait rien au vernis, le même laissé une minute le ramollit, et le vernis garde ensuite l’empreinte du tissu. On travaille par touches courtes et répétées, jamais en compresse.

Laver en machine avant d’avoir dissous le bitume répartit la tache sur tout le linge du cycle. Et sécher à chaud ce qui n’est pas parti oxyde les fractions les plus légères du mélange, qui deviennent une ombre brune bien plus difficile à reprendre.

Enfin deux produits sans effet, qu’on lit régulièrement. Le vinaigre blanc dissout les carbonates, et un hydrocarbure n’en est pas un : il n’a strictement rien à attaquer. L’eau de Javel oxyde le pigment noir et donne l’illusion d’un progrès sur un tissu clair, mais elle laisse le bitume en place, et la tache réapparaît en gris au lavage suivant.

Le paradoxe de la chaleur sur une carrosserie

Deux effets opposés se déclenchent en même temps quand la pièce est chaude, et savoir lequel domine décide de la méthode. Du côté favorable, la viscosité du bitume s’effondre avec la température : un point de goudron cède beaucoup plus vite sur une aile exposée au soleil que sur la même aile à l’ombre. C’est mesurable au chiffon, sans instrument.

Du côté défavorable, le vernis chaud est plus perméable et plus mou. Ses chaînes ont plus de mobilité, donc le solvant y pénètre plus vite et le ramollit davantage à durée de contact égale. Une carrosserie à cinquante degrés au soleil garde la marque d’un chiffon que la même carrosserie à vingt degrés aurait ignoré. Et le solvant s’évapore plus vite, ce qui laisse une auréole de résidus.

L’arbitrage retenu par la pratique automobile est net : on travaille à l’ombre, sur peinture froide, et on compense la viscosité élevée par la répétition plutôt que par la température. Trois passages courts sur un point tiède valent mieux qu’un long passage sur un point brûlant. Un lavage complet ensuite, puis une protection cirée, referment l’opération.

Un dernier point sur le choix du support de travail. Une microfibre neuve, pliée en quatre, réservée à cet usage : on l’utilise par quadrants et on la jette. Un chiffon réutilisé transporte le bitume d’une intervention à l’autre et les particules abrasives avec lui. Le détail des surfaces concernées est traité sur la page voiture, le mode opératoire complet sur la page enlever du goudron sur une voiture, et la chimie commune à toute la classe sur la page graisse.

Le croisement, matière par matière

Goudron et bitume relève de la classe GRA — corps gras et cires. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle

Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

  • Action mécanique Aucun abrasif sur le verre, le chrome ni l’inox brossé : la rayure est définitive et se voit sous toutes les lumières.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

  • Action mécanique Un plastique se raye à la dureté d’un ongle. Aucun abrasif, aucune éponge verte.
  • Dégraissant d’agrume Attaque le polystyrène et certains caoutchoucs. Essai obligatoire sur une face cachée.

Agit, mais détruit

  • Chaleur sèche Le polyester fond vers 250 °C mais se rétracte dès 120 °C, et l’élasthanne perd son élasticité dès 60 °C. Un fer laisse une marque lustrée définitive.

Minéral poreux M4 porosité forte

Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

  • Action mécanique Un abrasif ouvre la porosité et rend la surface plus salissante qu’avant.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Le cas où l’on passe la main

Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.

Fibre protéique M1 porosité forte

Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.
  • Cristaux de soude Même mécanisme, plus lent : la laine feutre et perd son élasticité irréversiblement.
  • Chaleur sèche La kératine et la fibroïne se dégradent bien avant la température d’un fer : la laine lustre et roussit, la soie jaunit et perd son brillant. La marque est définitive.
  • Lessive enzymatique Une protéase ne distingue pas la protéine de la tache de la protéine de la fibre : elle digère les deux.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Revêtement et film M6 porosité nulle

La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

  • White-spirit Toléré brièvement sur une carrosserie vernie, jamais sur une peinture mate ni sur un plastique de tableau de bord.

Agit, mais détruit

  • Action mécanique Le film ne fait que quelques microns : le moindre abrasif le traverse et met le support à nu.
  • Essence de térébenthine Ramollit la peinture glycéro, y compris celle du support.

Peau vivante M7 porosité faible

La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

  • Action mécanique Jamais de lame, jamais de brosse dure : une plaie sous une colle est une porte d’entrée pour une infection.
  • Huile alimentaire ou beurre Le premier choix sur la peau : sans risque, lent, efficace sur la plupart des adhésifs et des corps gras.

Agit, mais détruit

  • White-spirit Passe la barrière cutanée. Neurotoxique, et interdit sur les mains d’un enfant.
  • Essence de térébenthine Sensibilisant : l’allergie de contact apparaît après plusieurs expositions sans réaction.

Le cas où l’on passe la main

Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.

Ce qui aggrave la tache

  • Eau froide Elle n’emporte rien et elle élargit l’auréole : le corps gras s’étale sur le front d’eau au lieu de partir avec elle.

Ce qui ne sert à rien

  • Vinaigre blanc Un corps gras n’est pas un carbonate : l’acide n’a rien à attaquer.
  • Eau de Javel Elle décolore le pigment que le gras transporte, et laisse le gras.

Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène

    L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.

    Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.

  • Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone

    Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

Quel produit enlève le goudron sur une carrosserie ?

Un solvant apolaire, le white-spirit étant le plus courant, appliqué sur un chiffon et non versé sur la peinture. Le paramètre décisif est le temps de contact : essuyé en dix secondes il ne fait rien au vernis, laissé une minute il le ramollit et le chiffon y laisse sa trace.

Peut-on enlever du goudron sans solvant ?

Sur une petite tache et un support fragile, une huile alimentaire ramollit le bitume par affinité grasse en quinze à trente minutes. On échange alors une tache de goudron contre une tache d'huile, ce qui n'est un progrès que si le support supporte le dégraissage qui suit.

Pourquoi le goudron s'étale-t-il autant quand on frotte ?

Parce qu'il ne sèche jamais vraiment : ce n'est pas un polymère qui réticule mais un mélange d'hydrocarbures lourds qui reste plastique. Sous la pression du chiffon, il se déforme et s'étend au lieu de se détacher.

Le goudron part-il au lavage en machine ?

Non, et la machine étale la tache sur le reste du linge. Il faut dissoudre le bitume au solvant avant tout passage en machine, puis dégraisser au liquide vaisselle, et seulement ensuite laver.

Sources et méthode

  • Classification interne du site : classes de taches et classes de matières
  • Modes d'action des agents de retrait déclarés sur la page Agents
  • Notions de polarité moléculaire et de viscosité des liants bitumineux

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.