En bref

  • Le goudron est un mélange d’hydrocarbures lourds très apolaires : seul un solvant de même nature le dissout — white-spirit, ou essence de térébenthine sur un dépôt tenace.
  • On travaille par l’envers du tissu, avec un buvard épais placé dessous, en tamponnant du bord vers le centre. Le goudron reste plastique et s’étale au moindre frottement.
  • L’eau, chaude ou froide, n’a aucune prise : elle ne fait qu’élargir l’auréole autour du dépôt.
  • Un solvant ne se rince pas à l’eau. Il faut obligatoirement dégraisser au liquide vaisselle après, sinon le tissu garde un cerne.

Une tache de goudron sur un vêtement ne part qu’au solvant apolaire : white-spirit d’abord, essence de térébenthine si le dépôt résiste. On durcit et on retire l’excédent au froid, puis on applique le solvant par l’envers du tissu, avec un buvard épais placé dessous, en tamponnant du bord vers le centre. L’eau n’a aucune prise sur des hydrocarbures lourds, et le frottement, lui, étale : le goudron reste plastique et s’élargit à chaque passage.

Identifier ce qu’on a devant soi

Le goudron est chimiquement simple : des hydrocarbures lourds, très visqueux, sans aucune affinité pour l’eau. Ce n’est pas un polymère et il ne réticule pas. Il ne durcit donc jamais vraiment, et cette propriété commande toute la méthode : une matière qui reste plastique s’étale au lieu de se casser, ce qui interdit de frotter et impose de travailler par l’envers.

La question qui décide reste la fibre, parce qu’elle décide du solvant autorisé.

FibreLe solvant
Coton, lin, viscose, lyocellWhite-spirit et térébenthine tolérés, la fibre est la plus permissive
Laine, soie, cachemireLe solvant ne détruit pas la fibre, mais il dissout les colorants et les apprêts : essai obligatoire sur une couture
Polyester, polyamide, acrylique, élasthanneWhite-spirit toléré ; jamais de fer ni de chaleur sèche ensuite
Enduit, imperméabilisé, similicuir, sérigraphieLa térébenthine attaque le film, le white-spirit ne se justifie que très bref

Deuxième chose à regarder : l’épaisseur. Un point plat, incrusté dans la trame par le frottement du siège ou de la marche, se traite entièrement au solvant. Une masse en relief — un goudron ramassé sur une route fraîchement refaite — doit d’abord perdre son volume au froid, sinon on dissout inutilement une grosse quantité de matière qui va couler ailleurs.

Enfin, il faut vérifier ce que le goudron transporte. Un bitume de route arrive rarement seul : il est chargé de graviers fins et de poussière. Ces particules ne se dissolvent dans rien et laisseront un voile gris après le solvant, à retirer à sec, à la brosse.

Le mode opératoire

  1. Durcir et retirer le volume. Sac de congélation, une heure au congélateur. Le goudron durci se fracture ; on soulève les morceaux à la spatule de bois ou de plastique dur, jamais avec une lame d’acier qui coupe la trame. Objectif : ne garder que le film incrusté.
  2. Préparer le poste. Fenêtre ouverte, gants. Un buvard épais — papier absorbant plié en huit, ou un chiffon blanc — posé sous la tache, du côté endroit. Le tissu se travaille ensuite par l’envers : le solvant traverse dans le sens qui pousse la tache vers l’extérieur, et non vers l’intérieur de la fibre.
  3. Essayer sur une couture intérieure. Une goutte de solvant, deux minutes d’attente, et on regarde si le colorant transfère sur le coton-tige. C’est en particulier indispensable sur de la laine et de la soie, où le risque n’est pas la fibre mais la teinture.
  4. Tamponner par petites touches. Un coton imbibé, pas trempé. On appuie sans frotter, du bord de la tache vers le centre, et on change de coton dès qu’il se salit — un coton chargé de goudron dissous ne fait plus que redistribuer. Le buvard dessous se tache : c’est le signe que ça fonctionne, et on le déplace pour toujours offrir une zone propre.
  5. Renouveler le buvard jusqu’à ce qu’il ressorte propre. C’est le seul critère d’arrêt fiable. Une tache qui semble partie sur l’envers est encore chargée à l’intérieur de la trame.
  6. Dégraisser sans attendre. Liquide vaisselle pur sur la zone, malaxé du bout du doigt, quinze minutes. Un solvant apolaire ne se rince pas à l’eau : il faut un tensioactif pour l’emporter, sinon le vêtement garde un cerne net à la limite de la zone traitée.
  7. Brosser le voile de particules, à sec. Une fois le tissu sec, brosse dure sur du coton, brosse souple sur du synthétique. Ce qui restait de gris n’était pas du goudron mais de la poussière minérale, et aucun produit ne l’enlève.
  8. Laver en machine. À la température de l’étiquette. La chaleur abaisse la viscosité de ce qui reste de corps gras et finit le travail. Pas de sèche-linge avant contrôle : c’est l’étape qui rend définitif ce qui restait.

Ce qui ne marche pas, et pourquoi

Le lavage en machine en premier réflexe. Il n’enlève pas la tache et il l’installe. La lessive n’apporte pas assez de tensioactif au bon endroit pour émulsionner un hydrocarbure lourd, le tambour étale le dépôt sur le reste de la pièce, et l’essorage l’enfonce dans la trame. On traite localement d’abord, on lave ensuite.

L’eau chaude ou l’eau froide seules. Le goudron est apolaire : ses électrons se répartissent uniformément, ce qui le rend indifférent à l’eau, qui est polaire. L’eau froide agrandit même la zone, parce que le corps gras s’étale sur le front d’humidité au lieu de partir avec lui.

Le vinaigre blanc et le bicarbonate. Le premier dissout les carbonates et n’a rien à attaquer ici. Le second est un abrasif très doux, moins dur qu’un ongle, et un tampon alcalin : ce n’est pas un détachant. Aucun des deux n’a le moindre effet sur un hydrocarbure.

L’eau de Javel. Elle décolore le noir du dépôt et laisse le corps gras en place, ce qui donne quelques minutes l’illusion d’un résultat. Elle détruit par ailleurs l’élasthanne d’un pantalon stretch et la laine, et laisse sur un textile de couleur une auréole blanche définitive.

Le fer à repasser, pour « faire migrer » le goudron dans du papier. Cette technique marche sur une cire, qui fond franchement à basse température. Le goudron, lui, ne fond pas : il devient plus fluide et il s’étale. On agrandit la tache et, sur du synthétique, on ajoute une marque lustrée.

Le cas où il faut s’arrêter

Sur un vêtement enduit, imperméabilisé, sérigraphié ou en similicuir, la tache est posée sur un film de quelques microns. Le solvant abîme le film avant d’atteindre le goudron, et un film attaqué ne se répare pas : il devient collant, mat ou blanchi. On se limite au froid, au retrait mécanique du volume, et au tensioactif dilué.

Sur une pièce en soie ou en cachemire, et sur tout vêtement dont la teinture a transféré lors de l’essai préalable, le geste maison s’arrête là. Le détachage à sec en atelier travaille avec des solvants et un contrôle de tension du tissu qu’on n’a pas chez soi, et un tamponnage prolongé sur de la soie laisse une marque de frottement plus visible que la tache.

Il faut enfin nommer le cas sans solution : un goudron déjà passé au sèche-linge sur une pièce claire. La chaleur a diffusé la fraction la plus légère du mélange dans la fibre, et cette fraction colore. Le solvant reprendra la matière, pas la teinte. Le résultat honnête est une zone éclaircie, pas un vêtement neuf.

Le comportement de cette substance est détaillé sur goudron et bitume, les tolérances de chaque fibre sur le textile. Sur une carrosserie, la logique est entièrement différente parce que le vernis est plus fragile que le tissu : voir enlever du goudron sur une voiture. Les mélanges et les précautions d’emploi des solvants sont regroupés sur la page de sécurité.

Le croisement, matière par matière

« Goudron et bitume » relève de la classe GRA — corps gras et cires. « Vêtement et tissu » recouvre 4 classes de matière, et le verdict n’est pas le même d’une classe à l’autre. C’est pour cette raison que la page ne peut pas se résumer à un seul geste.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Fibre protéique M1 porosité forte

Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.
  • Cristaux de soude Même mécanisme, plus lent : la laine feutre et perd son élasticité irréversiblement.
  • Chaleur sèche La kératine et la fibroïne se dégradent bien avant la température d’un fer : la laine lustre et roussit, la soie jaunit et perd son brillant. La marque est définitive.
  • Lessive enzymatique Une protéase ne distingue pas la protéine de la tache de la protéine de la fibre : elle digère les deux.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

  • Action mécanique Un plastique se raye à la dureté d’un ongle. Aucun abrasif, aucune éponge verte.
  • Dégraissant d’agrume Attaque le polystyrène et certains caoutchoucs. Essai obligatoire sur une face cachée.

Agit, mais détruit

  • Chaleur sèche Le polyester fond vers 250 °C mais se rétracte dès 120 °C, et l’élasthanne perd son élasticité dès 60 °C. Un fer laisse une marque lustrée définitive.

Revêtement et film M6 porosité nulle

La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
  • Huile alimentaire ou beurre Applique la règle « semblable dissout semblable » : un corps gras ramollit un adhésif ou une résine grasse. On échange une tache dure et impossible contre une tache grasse, qu’un tensioactif enlève ensuite.

Sous condition

  • White-spirit Toléré brièvement sur une carrosserie vernie, jamais sur une peinture mate ni sur un plastique de tableau de bord.

Agit, mais détruit

  • Action mécanique Le film ne fait que quelques microns : le moindre abrasif le traverse et met le support à nu.
  • Essence de térébenthine Ramollit la peinture glycéro, y compris celle du support.

Ce qui aggrave la tache

  • Eau froide Elle n’emporte rien et elle élargit l’auréole : le corps gras s’étale sur le front d’eau au lieu de partir avec elle.

Ce qui ne sert à rien

  • Vinaigre blanc Un corps gras n’est pas un carbonate : l’acide n’a rien à attaquer.
  • Eau de Javel Elle décolore le pigment que le gras transporte, et laisse le gras.

Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène

    L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.

    Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.

  • Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone

    Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

Quel produit enlève le goudron sur un tissu ?

Un solvant apolaire, c’est-à-dire un solvant qui ressemble chimiquement au goudron : white-spirit en premier choix, essence de térébenthine si le dépôt résiste. On l’applique par petites touches, jamais en versant, avec un buvard sous le tissu pour recevoir ce qui se dissout.

Faut-il laver le vêtement avant ou après le solvant ?

Après, et deux fois. D’abord un dégraissage local au liquide vaisselle pur, parce qu’un solvant ne part pas à l’eau et laisse un cerne s’il reste dans la fibre. Puis le lavage en machine, à la température de l’étiquette.

Le froid aide-t-il sur une tache de goudron ?

Il aide à retirer l’excédent, pas la tache. Le goudron durci au congélateur se détache en morceaux à la spatule au lieu de s’étirer, ce qui enlève le volume avant tout produit. Le film restant, lui, ne cède qu’au solvant.

L’essence de térébenthine est-elle dangereuse à utiliser ?

C’est un sensibilisant cutané : une allergie de contact peut apparaître après plusieurs expositions sans réaction apparente. On l’utilise avec des gants, fenêtre ouverte, et jamais sur les mains d’un enfant. Le white-spirit, lui, est inflammable et neurotoxique par inhalation.

Sources et méthode

  • La classification du site : classe de tache « corps gras et cires », classes de matière fibre cellulosique, fibre protéique, synthétique thermoplastique et revêtement
  • Le mode d’action des agents : white-spirit, essence de térébenthine, absorbant sec, tensioactif, froid
  • Les précautions d’emploi des solvants pétroliers et terpéniques en local fermé

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.