En bref

  • Sur une tache de graisse fraîche, le premier geste utile est de couvrir la tache d’absorbant sec — talc ou terre de Sommières — et d’attendre une à deux heures avant tout produit.
  • Ensuite seulement : liquide vaisselle pur, quinze minutes de pause, puis lavage à la température maximale que la fibre tolère.
  • L’eau froide seule agrandit la tache : elle n’emporte pas le corps gras, elle le pousse devant son front d’humidité et crée une auréole plus large que la tache.
  • Le cambouis est une tache double, un corps gras plus des particules de carbone. Un seul traitement ne peut pas en venir à bout.

Sur une tache de graisse fraîche, le geste qui change le résultat n’est pas un produit : c’est un absorbant sec posé dans la minute — talc ou terre de Sommières — en couche épaisse, laissé une à deux heures. Ce qui reste part ensuite au liquide vaisselle pur, déposé sur le tissu sec, malaxé du bout du doigt, laissé un quart d’heure, puis lavé à l’eau la plus chaude que la fibre tolère. L’eau froide, elle, ne fait rien de bon : elle élargit l’auréole au lieu d’emporter le gras.

Identifier ce qu’on a devant soi

Trois questions, dans cet ordre, et la troisième est celle qu’on oublie.

La première est la fibre. L’étiquette de composition la donne, et l’étiquette d’entretien donne les quatre paramètres qui décident du détachage : température, chlore, repassage, nettoyage à sec. En leur absence, le test de combustion d’un fil prélevé sur une couture intérieure tranche : la laine et la soie s’éteignent en sentant la corne brûlée, le coton brûle en cendre grise, le synthétique fond en bille dure. Le point important est qu’un tissu se traite au niveau de sa fibre la plus fragile : un jersey vendu comme coton contient presque toujours de l’élasthanne.

La deuxième est la nature du gras. Une huile de cuisine, un beurre, une friture sont des triglycérides purs, et ils partent complètement. Un cambouis ou une huile moteur ajoutent du carbone et des fines métalliques en suspension : la tache est double, et un seul traitement n’en enlève qu’une moitié. Une sauce grasse et colorée — curry, bolognaise — ajoute pour sa part un colorant végétal, qui ne relève plus du tout de la même chimie.

La troisième est l’âge, et surtout le passage à chaud. Tant qu’un vêtement taché n’a pas vu le sèche-linge ni le fer, la tache reste une tache de gras. Après, une huile végétale a eu le temps de s’oxyder à l’air et de se lier : elle devient un voile jaune-brun qui ne répond plus au tensioactif. C’est la raison pour laquelle on contrôle toujours la zone avant de sécher, et jamais après.

Le mode opératoire

  1. Absorber, tout de suite. Tamponner l’excédent avec un papier absorbant, sans frotter — frotter étale et multiplie la surface. Puis couvrir généreusement d’absorbant sec, en couche opaque, et laisser une à deux heures. Sur une tache très fraîche, cette étape seule retire l’essentiel : le liquide est encore en surface et l’absorbant le capture par capillarité avant qu’il ne descende dans la trame.
  2. Retirer l’absorbant à sec. Brosse souple ou aspirateur, jamais un chiffon humide. À ce stade, la zone doit être plus claire et plus mate. S’il reste beaucoup de matière, refaire une deuxième charge d’absorbant : c’est plus efficace que de passer trop vite au produit.
  3. Tensioactif pur sur tissu sec. Une goutte de liquide vaisselle directement sur la tache, étalée du bout du doigt, quinze minutes de pause. Le tensioactif a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre à l’eau : il fait le pont, et c’est la concentration qui fait le travail. Diluer d’avance revient à se priver de cette concentration.
  4. Rincer à l’eau chaude, par l’envers. Dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse d’une réaction chimique, et la chaleur abaisse en même temps la viscosité du gras. Sur coton, lin, viscose ou polyester, l’eau chaude est un allié franc. Sur laine et sur soie, trente degrés au maximum : au-delà, les écailles de la laine s’ouvrent, s’accrochent entre elles, et le vêtement feutre irréversiblement.
  5. Laver, puis contrôler avant de sécher. Lessive habituelle, à la température de l’étiquette. Sur du coton blanc, une lessive enzymatique ajoute une lipase, une enzyme qui découpe les graisses en fragments assez petits pour partir à l’eau. Sur de la laine, de la soie ou du cachemire, aucune enzyme : une protéase ne distingue pas la protéine de la tache de celle de la fibre.
  6. Si la tache est encore visible, ne pas sécher. Reprendre à l’étape 3 sur tissu essoré. Deux passages doux valent mieux qu’un passage agressif, et l’étape irréversible n’est pas le lavage : c’est le séchage.

Sur une fibre cellulosique très tachée — un torchon, un tablier, un jean de travail — les cristaux de soude ajoutent un mécanisme que le liquide vaisselle n’a pas : à pH 11, ils saponifient le corps gras, c’est-à-dire qu’ils le transforment en savon, donc en quelque chose de soluble. Gants obligatoires, et jamais sur laine, soie ni cachemire, que l’alcalin fait feutrer et perdre leur élasticité.

Le cambouis, une tache double

Le cambouis n’est pas de la graisse : c’est de la graisse chargée de noir de carbone et de fines métalliques. Il faut donc deux traitements, dans l’ordre.

D’abord la phase grasse, au white-spirit, qui est un solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras, par ressemblance de structure. On travaille par l’envers du tissu, un buvard épais posé dessous, en tamponnant du bord vers le centre pour ne pas créer de nouvelle auréole. Le white-spirit ne se rince pas à l’eau : il faut ensuite obligatoirement dégraisser au tensioactif, sinon il reste dans la fibre et attire la poussière.

Ensuite les particules. Elles ne se dissolvent dans rien, ni solvant ni détergent, et c’est ce qui explique le voile gris qui subsiste après un détachage pourtant réussi. Seule la mécanique les enlève, à sec, sur tissu parfaitement sec, avec une brosse dure sur du coton et une brosse souple sur du synthétique. Attendre qu’un produit fasse ce travail est la principale cause d’abandon sur ce type de tache.

Ce qui ne marche pas, et pourquoi

L’eau froide en premier réflexe. C’est l’erreur la plus commune et la seule qui aggrave vraiment. Un corps gras est apolaire : ses électrons se répartissent uniformément, ce qui le rend indifférent à l’eau, qui est polaire. L’eau ne l’emporte donc pas — elle le pousse devant elle. La tache s’étale sur le front d’humidité et sèche en auréole plus large que le point de départ.

Le vinaigre blanc. Il dissout les carbonates, comme le calcaire. Un triglycéride n’est pas un carbonate : l’acide n’a rigoureusement rien à attaquer, et la seule chose qu’il apporte est une odeur.

L’eau de Javel. Elle décolore le pigment que le gras transporte, ce qui donne quelques minutes l’illusion du résultat, et elle laisse le gras en place. Le pigment revient dès que le vêtement sèche. En prime, elle détruit l’élasthanne présent dans presque tous les tissus stretch, et laisse sur un textile de couleur une auréole blanche définitive.

Le bicarbonate présenté comme un détachant. Ce n’en est pas un. C’est un abrasif très doux, moins dur qu’un ongle, et un tampon légèrement alcalin. Il peut servir d’absorbant en dépannage, moins bien que la terre de Sommières, et rien de plus.

Le cas où il faut s’arrêter

Sur un vêtement enduit, imperméabilisé, en similicuir ou portant une sérigraphie, la tache est posée sur un film de quelques microns, toujours plus fragile que le tissu dessous. Le solvant abîme le film avant d’atteindre la tache, et le film ne se répare pas. On se limite au tensioactif dilué, tamponné, sans solvant et sans brossage.

Sur une pièce de valeur en soie, en cachemire, en daim ou en cuir teinté, la bonne réponse est le nettoyeur. Le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension du tissu qu’on n’a pas chez soi, et une tache grasse traitée à l’eau sur de la soie laisse une auréole plus visible qu’elle.

Enfin, une tache grasse déjà passée plusieurs fois au sèche-linge est un cas différent : l’huile s’est oxydée et liée à la fibre. Ce qui reste alors n’est plus un corps gras à émulsionner mais un jaunissement de la fibre elle-même. On peut tenter un dernier lavage renforcé sur du coton blanc, mais l’honnêteté commande de dire que le résultat sera un éclaircissement, pas une disparition.

Pour comprendre pourquoi la même tache se traite autrement sur un sol, la page tache d’huile sur du béton montre le seul mécanisme qui remonte un corps gras d’une matière poreuse. Le reste de la famille est détaillé sur la graisse et les huiles, et les tolérances fibre par fibre sur le textile et les symboles d’entretien.

Le croisement, matière par matière

« Graisse et huile » relève de la classe GRA — corps gras et cires. « Vêtement et tissu » recouvre 4 classes de matière, et le verdict n’est pas le même d’une classe à l’autre. C’est pour cette raison que la page ne peut pas se résumer à un seul geste.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Fibre protéique M1 porosité forte

Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.
  • Cristaux de soude Même mécanisme, plus lent : la laine feutre et perd son élasticité irréversiblement.
  • Chaleur sèche La kératine et la fibroïne se dégradent bien avant la température d’un fer : la laine lustre et roussit, la soie jaunit et perd son brillant. La marque est définitive.
  • Lessive enzymatique Une protéase ne distingue pas la protéine de la tache de la protéine de la fibre : elle digère les deux.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

  • Action mécanique Un plastique se raye à la dureté d’un ongle. Aucun abrasif, aucune éponge verte.
  • Dégraissant d’agrume Attaque le polystyrène et certains caoutchoucs. Essai obligatoire sur une face cachée.

Agit, mais détruit

  • Chaleur sèche Le polyester fond vers 250 °C mais se rétracte dès 120 °C, et l’élasthanne perd son élasticité dès 60 °C. Un fer laisse une marque lustrée définitive.

Revêtement et film M6 porosité nulle

La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

  • White-spirit Toléré brièvement sur une carrosserie vernie, jamais sur une peinture mate ni sur un plastique de tableau de bord.

Agit, mais détruit

  • Action mécanique Le film ne fait que quelques microns : le moindre abrasif le traverse et met le support à nu.
  • Essence de térébenthine Ramollit la peinture glycéro, y compris celle du support.

Ce qui aggrave la tache

  • Eau froide Elle n’emporte rien et elle élargit l’auréole : le corps gras s’étale sur le front d’eau au lieu de partir avec elle.

Ce qui ne sert à rien

  • Vinaigre blanc Un corps gras n’est pas un carbonate : l’acide n’a rien à attaquer.
  • Eau de Javel Elle décolore le pigment que le gras transporte, et laisse le gras.

Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène

    L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.

    Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.

  • Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone

    Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

Faut-il mettre de l’eau froide sur une tache de graisse ?

Non. Un corps gras est insoluble dans l’eau : l’eau froide ne l’emporte pas, elle le repousse vers l’extérieur de la zone humide et laisse une auréole plus large que la tache de départ. Le premier geste juste est un absorbant sec posé sur la tache, sans rien mouiller.

Une tache de gras peut-elle encore partir après un lavage ?

Oui, tant que le vêtement n’est pas passé au sèche-linge ni au fer. Il faut refaire le traitement à sec puis au liquide vaisselle sur tissu sec, et relaver. Après un passage à chaud, l’huile s’oxyde et se lie à la fibre : la tache jaunit et cesse de répondre au tensioactif.

Le liquide vaisselle marche-t-il vraiment mieux qu’une lessive ?

Sur une tache localisée, oui, parce qu’on l’applique pur. Un tensioactif enrobe la goutte de gras pour que l’eau puisse l’emporter, et c’est la concentration qui fait la différence : le même produit dilué dans un tambour de machine n’a pas le même effet sur un point précis.

Quelle température de lavage pour une tache de graisse ?

La plus élevée que la fibre autorise, parce que la chaleur abaisse la viscosité du corps gras. Sur du coton ou du lin, quarante à soixante degrés. Sur de la laine ou de la soie, trente degrés au maximum, sinon la fibre feutre et rétrécit sans retour.

Sources et méthode

  • La classification du site : classe de tache « corps gras et cires », classes de matière fibre cellulosique, fibre protéique, synthétique thermoplastique et revêtement
  • Le mode d’action des agents : absorbant sec, tensioactif, eau chaude, carbonate de sodium, white-spirit
  • Les symboles de l’étiquette d’entretien du textile (température de lavage, chlore, repassage)

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.