En bref

  • Un corps gras est apolaire : il ignore l'eau, et deux voies seulement existent — un tensioactif qui fait le pont, ou un solvant apolaire qui dissout par ressemblance.
  • L'eau froide aggrave : elle n'emporte rien et pousse le gras devant elle, ce qui élargit l'auréole.
  • L'absorbant sec posé dans la première minute retire plus de matière que n'importe quel produit appliqué ensuite.
  • Le cambouis est une tache double : un corps gras plus des particules de carbone et de métal, qui demandent deux traitements successifs.

Une tache de graisse n’est pas sale : elle est simplement faite de molécules que l’eau ne voit pas. Deux voies existent, et deux seulement — un tensioactif qui construit un pont entre l’eau et le gras, ou un solvant apolaire qui le dissout par ressemblance. Mais avant l’une comme l’autre, le geste qui change le plus le résultat est un absorbant sec posé dans la première minute, sans une goutte d’eau.

Ce que c’est, et pourquoi ça tient

Une graisse alimentaire, un beurre, une huile de friture sont des triglycérides : trois acides gras accrochés à une petite molécule de glycérol. Leurs longues chaînes d’hydrocarbures répartissent leurs électrons de façon uniforme, ce qui les rend apolaires. L’eau, elle, est fortement polaire : ses molécules préfèrent s’accrocher entre elles plutôt qu’à quoi que ce soit d’apolaire. C’est toute l’histoire de la classe, et elle explique pourquoi rincer ne sert à rien.

La tache ne tient donc pas par adhésion chimique mais par imprégnation. Le corps gras mouille la fibre ou la pierre parfaitement — mieux que l’eau — et il descend par capillarité dans les espaces les plus fins. Sur un textile, il enrobe chaque filament ; sur un béton, il peut descendre de plusieurs millimètres. Ce qui rend la tache difficile, c’est cette profondeur, pas la force de la liaison.

Cette migration a une durée. Une tache grasse fraîche continue à s’étaler pendant plusieurs minutes après le contact, et la quantité qu’on peut encore retirer diminue à vue d’œil : c’est ce qui donne à l’absorbant sec sa valeur, et cette valeur est perdue dix minutes plus tard. Passé ce délai, on ne travaille plus sur une flaque posée dessus mais sur une matière chargée dedans.

Le cambouis et l’huile moteur ajoutent une difficulté d’une autre nature. Ce sont des huiles chargées de carbone imbrûlé et de fines particules métalliques, donc une tache double : un corps gras, qu’un solvant emporte, et un pigment insoluble qui ne se dissout dans rien et qu’il faut extraire mécaniquement. Une tache de cambouis à demi traitée laisse une ombre grise, et cette ombre est du carbone, pas du gras oublié.

Ce qui la fait partir

Le premier agent n’est pas un produit mais un support : un absorbant sec. Terre de Sommières, talc, argile, farine à défaut, en couche épaisse sur toute la tache et un peu au-delà, sans frotter. Il capture le liquide par capillarité — la poudre offre une porosité plus fine que le tissu, donc le gras préfère y aller. On laisse une à plusieurs heures, on brosse à sec, on renouvelle si la poudre est saturée.

Vient ensuite le choix entre les deux voies. Le tensioactif est une molécule à deux extrémités, l’une qui s’accroche à l’huile et l’autre à l’eau : elle enrobe chaque gouttelette et permet à l’eau de l’emporter. C’est la voie du liquide vaisselle et de la lessive, la plus douce, et la seule qui convienne aux supports qu’on peut rincer. Son efficacité monte fortement avec la température, parce que la chaleur abaisse la viscosité du gras et accélère toute réaction.

Le solvant apolaire est la voie inverse : au lieu de faire un pont vers l’eau, il dissout le gras dans quelque chose qui lui ressemble. White-spirit, dégraissant d’agrume, essence de térébenthine dissolvent l’huile, la cire et le bitume sans avoir besoin d’eau. C’est la voie des supports qu’on ne mouille pas, et elle a une contrainte propre : elle ne se rince pas à l’eau, donc elle demande un dégraissage au tensioactif derrière.

Deux agents plus spécifiques complètent le tableau. Les cristaux de soude saponifient les corps gras, c’est-à-dire qu’ils les transforment chimiquement en savon, donc en quelque chose de soluble — très efficace sur un sol ou un textile en coton, à écarter sur l’aluminium et le bois brut. La lipase des lessives enzymatiques coupe les triglycérides en fragments assez petits pour partir à l’eau, à condition de rester dans sa fenêtre de température, autour de trente à quarante degrés.

Selon la matière

Sur une fibre protéique, la voie enzymatique est fermée : une protéase ne distingue pas la protéine de la fibre de celle qu’elle est censée digérer. L’eau chaude est fermée aussi, puisque la laine feutre au-delà de trente degrés. Restent l’absorbant sec, un tensioactif doux à l’eau tiède, et le white-spirit qui ne touche pas la fibre mais qui peut emporter des colorants. Sur du daim ou un cuir non pigmenté, le corps gras est absorbé instantanément et définitivement : c’est un cas d’atelier.

La fibre cellulosique accepte tout : eau chaude, carbonate, enzyme, brossage, solvant. Un coton taché d’huile se récupère presque toujours, à condition de ne pas passer par la case sèche-linge avant d’être sûr. La méthode qui marche est un tensioactif pur appliqué sur la tache sèche, laissé agir un quart d’heure, puis un lavage à la température maximale autorisée par l’étiquette d’entretien.

Le synthétique thermoplastique pose un problème inattendu : le polyester est lui-même apolaire, donc il a une affinité réelle pour le corps gras, et une tache de gras sur du polyester est plus tenace que sur du coton. La chaleur est limitée par la fibre, les solvants forts sont exclus par le risque de fissuration, et il faut donc miser sur le tensioactif, la patience et la répétition. Sur une pièce en plastique dur, un dégraissant alcalin dilué fait mieux qu’un solvant.

Le minéral poreux est la matière où la tache descend le plus loin et où le résultat est le plus souvent partiel. Aucun produit de surface n’atteint ce qui est à cinq millimètres de profondeur : il faut un cataplasme, un absorbant chargé de solvant ou de dégraissant, étalé, couvert d’un film et laissé plusieurs heures, pour que le gras remonte avec le solvant qui s’évapore. On écarte les acides, sans intérêt sur un corps gras et destructeurs sur un calcaire, et on n’utilise pas d’abrasif qui ouvrirait la porosité.

Le minéral vitrifié est le terrain idéal : rien n’a pénétré, tout est posé dessus. Un tensioactif chaud, un solvant, un carbonate au choix — les deux seules réserves étant l’eau de Javel, qui pique l’inox sans rien apporter sur du gras, et la soude sur l’aluminium, qui le noircit en dégageant de l’hydrogène. Sur un revêtement, le calcul est de nouveau serré : l’acétone et l’acétate d’éthyle dissolvent le film, le white-spirit passe brièvement sur une carrosserie vernie et jamais sur une peinture mate, et l’isopropanol dilué convient à un stratifié.

Sur la peau, enfin, un corps gras n’est pas un problème et se lave au savon. Ce qui compte ici, c’est ce qu’on n’utilise pas pour l’enlever : le white-spirit traverse la barrière cutanée et est neurotoxique, la térébenthine sensibilise, la soude brûle sans douleur immédiate. De l’eau chaude et un tensioactif suffisent, et pour du cambouis incrusté, une huile ou un savon à la pierre ponce très fine font le reste.

Les erreurs qui la fixent

Mouiller. C’est la seule erreur vraiment coûteuse de la classe, et elle est réflexe. L’eau froide n’emporte rien, elle pousse le gras devant son front d’avancée, et une tache de trois centimètres devient une auréole de dix. Ce qui était rattrapable au centre l’est encore, mais il faut désormais traiter une surface trois fois plus grande, et la limite de l’auréole restera visible plus longtemps que la tache d’origine.

Frotter avant d’avoir absorbé enfonce le gras dans la trame. La règle est de tamponner — poser, presser, retirer — avec un absorbant propre à chaque passage, et de changer de zone du chiffon à chaque fois. Un chiffon déjà chargé ne fait que redistribuer.

Sécher à chaud avant que la tache soit partie la rend beaucoup plus difficile, parce que la chaleur oxyde et polymérise partiellement les acides gras insaturés. Une huile végétale oubliée sur un textile puis passée au sèche-linge se transforme en un film jaune qui ne relève plus du tout de la même chimie. Le principe s’applique aussi au fer à repasser.

Enfin, deux produits qu’on lit souvent et qui n’ont aucun effet ici : le vinaigre blanc, parce qu’un corps gras n’est pas un carbonate et qu’il n’y a rien à attaquer, et l’eau de Javel, qui décolore le pigment transporté par le gras et laisse le gras. Après un passage à la javel, on croit avoir réussi sur un tissu blanc, et la tache réapparaît en jaune au lavage suivant.

Le cambouis, deux taches en une

Une trace de cambouis, d’huile moteur ou de graisse de chaîne se traite en deux temps, et c’est l’oubli du second qui laisse presque toujours une ombre. Le premier temps est celui du corps gras : white-spirit ou dégraissant d’agrume sur un chiffon, en tamponnant du bord vers le centre, avec un absorbant placé sous la matière quand elle est traversante. On change de chiffon dès qu’il noircit.

Le second temps concerne le pigment, c’est-à-dire du carbone et de fines particules métalliques. Rien ne les dissout, aucun solvant et aucun oxydant : elles s’enlèvent comme une poussière incrustée, par action mécanique et par un dégraissant alcalin qui gonfle la fibre et les libère. Sur un coton, du carbonate de sodium dans de l’eau chaude et un brossage à la brosse à ongles font ce que le solvant ne peut pas faire.

Sur un sol, l’ordre s’inverse : on commence par l’absorbant sec, puis on pose un cataplasme, et on ne brosse qu’à la fin. La raison est que le brossage d’un béton gras étale le pigment sur une surface plus large et l’enfonce dans les pores ouverts. Le mode opératoire complet est détaillé sur la page enlever une tache d’huile sur du béton.

Une dernière remarque de méthode. Une tache grasse partiellement traitée reste invisible sur un support sec et réapparaît à la première humidité, parce que l’eau ne mouille pas la zone imprégnée et révèle sa limite. Ce n’est pas une nouvelle tache : c’est celle d’avant, qui n’était pas partie. Le goudron suit exactement la même logique en plus visqueux, et le mode d’action de chaque produit cité figure sur la page des agents.

Le croisement, matière par matière

Graisse et huile relève de la classe GRA — corps gras et cires. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle

Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

  • Action mécanique Aucun abrasif sur le verre, le chrome ni l’inox brossé : la rayure est définitive et se voit sous toutes les lumières.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

  • Action mécanique Un plastique se raye à la dureté d’un ongle. Aucun abrasif, aucune éponge verte.
  • Dégraissant d’agrume Attaque le polystyrène et certains caoutchoucs. Essai obligatoire sur une face cachée.

Agit, mais détruit

  • Chaleur sèche Le polyester fond vers 250 °C mais se rétracte dès 120 °C, et l’élasthanne perd son élasticité dès 60 °C. Un fer laisse une marque lustrée définitive.

Minéral poreux M4 porosité forte

Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

  • Action mécanique Un abrasif ouvre la porosité et rend la surface plus salissante qu’avant.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Le cas où l’on passe la main

Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.

Fibre protéique M1 porosité forte

Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.
  • Cristaux de soude Même mécanisme, plus lent : la laine feutre et perd son élasticité irréversiblement.
  • Chaleur sèche La kératine et la fibroïne se dégradent bien avant la température d’un fer : la laine lustre et roussit, la soie jaunit et perd son brillant. La marque est définitive.
  • Lessive enzymatique Une protéase ne distingue pas la protéine de la tache de la protéine de la fibre : elle digère les deux.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Revêtement et film M6 porosité nulle

La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

  • White-spirit Toléré brièvement sur une carrosserie vernie, jamais sur une peinture mate ni sur un plastique de tableau de bord.

Agit, mais détruit

  • Action mécanique Le film ne fait que quelques microns : le moindre abrasif le traverse et met le support à nu.
  • Essence de térébenthine Ramollit la peinture glycéro, y compris celle du support.

Peau vivante M7 porosité faible

La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.

Ce qui agit sans abîmer

  • Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
  • Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
  • Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
  • Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.

Sous condition

  • Action mécanique Jamais de lame, jamais de brosse dure : une plaie sous une colle est une porte d’entrée pour une infection.

Agit, mais détruit

  • White-spirit Passe la barrière cutanée. Neurotoxique, et interdit sur les mains d’un enfant.
  • Essence de térébenthine Sensibilisant : l’allergie de contact apparaît après plusieurs expositions sans réaction.

Le cas où l’on passe la main

Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.

Ce qui aggrave la tache

  • Eau froide Elle n’emporte rien et elle élargit l’auréole : le corps gras s’étale sur le front d’eau au lieu de partir avec elle.

Ce qui ne sert à rien

  • Vinaigre blanc Un corps gras n’est pas un carbonate : l’acide n’a rien à attaquer.
  • Eau de Javel Elle décolore le pigment que le gras transporte, et laisse le gras.

Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène

    L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.

    Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.

  • Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone

    Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

Pourquoi ne faut-il pas mouiller une tache de gras ?

Parce que l'eau et le gras ne se mélangent pas : l'eau n'emporte rien et pousse le corps gras devant son front d'avancée. Résultat, la tache s'étale en une auréole plus large que le dépôt d'origine, et il y a maintenant deux problèmes au lieu d'un.

Le liquide vaisselle suffit-il sur une tache d'huile ?

Sur un textile lavable et une tache récente, oui : le tensioactif émulsionne le corps gras et l'eau chaude l'emporte. Il échoue sur les taches anciennes, sur les supports poreux où le gras est descendu, et sur les graisses chargées en pigment comme le cambouis.

La terre de Sommières fonctionne-t-elle vraiment ?

Elle capture le liquide par capillarité avant qu'il pénètre, ce qui la rend très efficace sur une tache fraîche et beaucoup moins sur une tache sèche. Son intérêt est le moment d'emploi, pas la puissance : c'est le seul geste qui gagne du terrain dans la première minute.

Comment enlever une vieille tache de graisse sur du béton ?

Le gras a pénétré les pores et aucun produit de surface ne l'atteindra : il faut un cataplasme, c'est-à-dire un absorbant humidifié de solvant ou de dégraissant alcalin, laissé plusieurs heures sous un film pour qu'il ramène le gras vers le haut. Le résultat est souvent une atténuation, pas une disparition.

Sources et méthode

  • Classification interne du site : classes de taches et classes de matières
  • Modes d'action des agents de retrait déclarés sur la page Agents
  • Notions de polarité moléculaire et de capillarité dans les milieux poreux

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.