En bref
- Un fond de teint est une émulsion : une phase grasse, des pigments minéraux et, dans les formules longue tenue, un film de silicone conçu pour résister à l'eau.
- Trois composants demandent trois gestes : tensioactif sur le gras, action mécanique douce sur le pigment, solvant sur le film.
- Un seul produit ne suffit jamais, et c'est la raison pour laquelle la plupart des tentatives laissent une ombre beige.
- L'eau seule, chaude ou froide, ne fait rien : elle ne mouille même pas un film de silicone.
Un fond de teint n’est pas une tache mais trois superposées : une phase grasse, des pigments minéraux insolubles et, dans les formules longue tenue, un film de silicone conçu exprès pour résister à l’eau. Chacune demande un agent différent, et c’est pourquoi un seul produit échoue toujours. L’ordre est le suivant : tensioactif pour le gras, action mécanique douce pour le pigment, solvant pour le film.
Ce que c’est, et pourquoi ça tient
Un fond de teint est une émulsion : des gouttelettes d’huile dispersées dans de l’eau, ou l’inverse, stabilisées par des agents qui empêchent les deux phases de se séparer. Dans cette émulsion sont dispersés des pigments minéraux — oxydes de fer pour les tons chair, dioxyde de titane pour l’opacité et la protection solaire. À l’application, l’eau s’évapore et il reste sur la peau un film chargé de pigment.
Les pigments méritent un mot à part, parce qu’ils sont la partie qu’on ne peut pas dissoudre. Un oxyde de fer et un dioxyde de titane sont des solides inorganiques : aucun solvant organique ne les touche, aucun tensioactif ne les émulsionne, aucun oxydant ne les décolore. Ils ne partent que s’ils sont libérés de ce qui les tient, puis emportés mécaniquement — exactement comme une poussière incrustée.
Les formules longue tenue ajoutent la difficulté décisive : un polymère filmogène, le plus souvent un silicone volatil qui polymérise en séchant ou une résine acrylique. Sa fonction commerciale est de tenir douze heures sans transfert, ce qui signifie techniquement de résister à l’eau, à la sueur et au frottement. Autrement dit, la propriété qu’on achète est exactement celle qui rend la tache difficile.
C’est ce qui explique un comportement souvent constaté et rarement compris : la tache s’éclaircit au lavage puis se stabilise. Le lavage enlève ce qu’il sait faire — le gras et l’eau — et laisse le film de silicone avec le pigment prisonnier dedans. Ce résidu est mince, il ne salit plus rien, et il reste beige indéfiniment. Les substances de la même famille, rouge à lèvres et mascara, suivent la même logique avec des proportions différentes.
Ce qui la fait partir
Trois gestes, dans l’ordre, et le résultat vient de l’ordre autant que des produits. Le premier est un tensioactif appliqué pur sur la tache sèche, sans eau ajoutée d’abord : liquide vaisselle ou lessive liquide, laissé agir dix à quinze minutes. Il émulsionne la phase grasse, qui représente le plus gros volume, et il libère du même coup une partie des pigments qu’elle tenait.
Le deuxième est une action mécanique douce, et c’est celui qu’on saute presque toujours. Les pigments ne partent pas en solution : il faut les décrocher. Une brosse à dents souple passée dans le sens de la trame, sur le tissu mouillé et savonné, fait ce qu’aucun produit ne fera. Le mot important est doux, parce qu’une brosse dure sur un tissu fin le lustre et casse les fils de surface.
Le troisième est le solvant du film, et c’est là que l’alcool isopropylique prend sa place. Il est assez polaire pour attaquer les résines du film, assez doux pour ne pas dissoudre la plupart des supports, et il s’évapore vite donc il ne migre pas loin. On l’applique sur un chiffon, par touches, avec un absorbant placé sous la matière pour recevoir ce qui descend. On ne le verse jamais.
Un rinçage et un lavage ferment la séquence. La chaleur aide sur la phase grasse — quarante degrés valent mieux que vingt — mais elle est plafonnée par l’étiquette d’entretien et par la présence éventuelle de protéines dans la même zone, ce qui est fréquent sur un col de chemise. Quand on hésite, on reste tiède : on peut toujours relaver plus chaud, on ne peut pas défaire une fixation.
Selon la matière
Sur une fibre protéique — soie, laine — les trois gestes sont tous contraints. L’eau chaude est interdite au-delà de trente degrés, la brosse feutre la laine et casse le grain de la soie, et l’alcool ternit le brillant d’une soie. Il reste le tensioactif doux, le tamponnement, et une acceptation d’un résultat partiel. Sur une chemise en soie ou un col de veste doublé, le calcul honnête penche vers le nettoyeur, qui dispose d’un détachage à sec.
La fibre cellulosique est la matière qui pardonne. Un col de chemise en coton accepte le tensioactif pur, le brossage, l’alcool, l’eau chaude et un oxydant sur un blanc : les trois gestes se déroulent sans compromis. C’est aussi la situation la plus fréquente, ce qui rend le taux de réussite global de cette substance bien meilleur que sa réputation.
Le synthétique thermoplastique demande une double retenue. Le polyester retient le gras par affinité, donc il faut insister sur le premier geste ; mais il ne supporte ni la chaleur élevée, ni un abrasif, ni les solvants forts. L’isopropanol reste le plus sûr de sa famille sur les plastiques techniques, tandis que l’acétone et l’acétate d’éthyle dissolvent l’acétate de cellulose, dont sont faites beaucoup de doublures. Un essai sur une couture intérieure n’est pas superflu.
Sur un minéral poreux — pierre d’un plan de toilette, joint, béton ciré — les pigments s’installent dans la porosité et le résultat est souvent partiel. On dégraisse, on brosse doucement, on pose un cataplasme si nécessaire, et on écarte les acides : ils n’ont aucune action sur un oxyde de fer pigmentaire et ils dissolvent un support calcaire. Le minéral vitrifié, à l’inverse, est le cas le plus simple du site : sur du verre, de la faïence ou de l’inox, tout est posé dessus et un tensioactif chaud suffit presque toujours, sans abrasif sur un inox brossé.
Le revêtement est la classe la plus délicate, et elle est très concernée : un cuir pigmenté de canapé, un similicuir de sac, une têtière de siège automobile reçoivent du fond de teint tous les jours. Le film à préserver et le film de la tache sont chimiquement voisins, donc l’alcool qui attaque l’un attaque l’autre. On se limite à un tensioactif très dilué, en tamponnant, et on renonce plutôt que de créer une zone claire définitive.
Sur la peau, enfin, il n’y a pas de problème de retrait mais un problème de produit. Un démaquillant, une huile ou un savon doux enlèvent l’ensemble sans effort, parce que la peau est grasse et que le film n’y adhère que faiblement. Ce qui est à exclure, ce sont les solvants : l’acétone dissout le film lipidique cutané et provoque une dermatite qui dure trois semaines.
Les erreurs qui la fixent
Le sèche-linge, avant que la tache ait disparu. La chaleur achève de réticuler le film de silicone ou la résine acrylique, et elle oxyde la phase grasse : la tache passe d’un état attaquable à un état stable. Une chemise sortie du sèche-linge avec une ombre beige garde cette ombre, quel que soit le nombre de lavages ultérieurs.
Se contenter d’un seul produit, quel qu’il soit, est l’erreur la plus répandue. Le tensioactif seul laisse le film et une partie du pigment ; l’alcool seul casse le film mais laisse le gras s’étaler, ce qui élargit la tache ; le brossage seul lustre le tissu sans rien enlever. Chacun des trois gestes fait échouer les deux autres s’il est employé isolément.
Frotter fort, ensuite. Sur un col de chemise, un frottement énergique casse les fibres de surface et crée une zone légèrement pelucheuse qui accroche la lumière autrement : on remplace une tache par une usure. Le geste juste est un brossage court, souple, répété plusieurs fois avec du repos entre les passages.
Enfin, ajouter de l’eau au tout début. Une émulsion contient déjà de l’eau, et en ajouter avant le tensioactif dilue le produit actif tout en étalant la phase grasse. On applique le tensioactif pur sur la tache sèche, on attend, et on n’introduit l’eau qu’au rinçage.
Le col de chemise et l’épaule de veste, dans l’ordre
Ce sont les deux emplacements les plus fréquents, et ils ont une particularité : le fond de teint n’y est pas seul. Un col reçoit aussi de la sueur, donc des protéines, et du sébum. Cela change la contrainte de température, parce qu’une protéine coagule au-delà de trente-cinq à quarante degrés et devient alors insoluble. On travaille donc tiède, jamais chaud, tant que la double tache n’est pas résolue.
La séquence qui fonctionne sur un col de coton se déroule en cinq temps. Liquide vaisselle pur sur la trace sèche, quinze minutes. Brosse à dents souple, tissu humidifié à l’eau tiède, mouvements courts dans le sens de la trame. Rinçage à l’eau tiède, en pressant plutôt qu’en tordant. Puis, s’il reste une ombre, alcool isopropylique sur chiffon avec un absorbant dessous, par touches. Lavage enfin, à la température de l’étiquette, et séchage à l’air jusqu’à vérification.
Sur une épaule de veste ou une têtière, on ne peut ni rincer ni immerger, et c’est ce qui change la méthode. On travaille avec très peu de liquide, en tamponnant sur une zone plus large que la tache, pour éviter que le liquide qui migre vers les bords ne dessine une auréole en séchant. Un séchage par le centre, à l’air froid, réduit ce risque.
Un dernier cas où il faut savoir s’arrêter : le velours et la microfibre à poils. Le pigment se loge à la base des poils, et tout brossage couche le velours, ce qui produit une différence de reflet plus visible que la tache elle-même. On aspire, on tamponne, on n’insiste pas. Le mode opératoire textile complet est détaillé sur la page enlever du fond de teint sur un vêtement, la question voisine des auréoles de col est traitée sur la page déodorant, et le mode d’action de chaque produit cité figure sur la page des agents.
Le croisement, matière par matière
Fond de teint relève de la classe GRA — corps gras et cires. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.
Fibre cellulosique M2 porosité forte
Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.
Ce qui agit sans abîmer
- Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
- Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
- Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
- White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
- Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
- Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
- Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
- Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle
Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.
Ce qui agit sans abîmer
- Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
- Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
- White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
- Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
- Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
- Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
- Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
Sous condition
- Action mécanique Aucun abrasif sur le verre, le chrome ni l’inox brossé : la rayure est définitive et se voit sous toutes les lumières.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle
Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.
Ce qui agit sans abîmer
- Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
- Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
- White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
- Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
- Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
Sous condition
- Action mécanique Un plastique se raye à la dureté d’un ongle. Aucun abrasif, aucune éponge verte.
- Dégraissant d’agrume Attaque le polystyrène et certains caoutchoucs. Essai obligatoire sur une face cachée.
- Alcool isopropylique Le solvant le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies.
Agit, mais détruit
- Chaleur sèche Le polyester fond vers 250 °C mais se rétracte dès 120 °C, et l’élasthanne perd son élasticité dès 60 °C. Un fer laisse une marque lustrée définitive.
Minéral poreux M4 porosité forte
Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.
Ce qui agit sans abîmer
- Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
- Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
- White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
- Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
- Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
- Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
- Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
Sous condition
- Action mécanique Un abrasif ouvre la porosité et rend la surface plus salissante qu’avant.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Le cas où l’on passe la main
Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.
Fibre protéique M1 porosité forte
Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.
Ce qui agit sans abîmer
- Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
- Action mécanique spatule, brosse, grattoir, abrasif, sel sec, aspiration Enlève par cisaillement ce qui ne se dissout pas. L’outil décide du résultat : une spatule de bois ou de plastique dur enlève sans rayer là où une lame d’acier raye toujours.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- White-spirit essence minérale Solvant apolaire : il dissout ce qui est franchement gras — huile, bitume, cire, résine alkyde des peintures glycéro.
- Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
- Essence de térébenthine Solvant terpénique tiré de la résine de pin. Dissout mieux qu’un white-spirit une peinture glycéro encore fraîche.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
- Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.
- Cristaux de soude Même mécanisme, plus lent : la laine feutre et perd son élasticité irréversiblement.
- Chaleur sèche La kératine et la fibroïne se dégradent bien avant la température d’un fer : la laine lustre et roussit, la soie jaunit et perd son brillant. La marque est définitive.
- Lessive enzymatique Une protéase ne distingue pas la protéine de la tache de la protéine de la fibre : elle digère les deux.
Le cas où l’on passe la main
Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.
Revêtement et film M6 porosité nulle
La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.
Ce qui agit sans abîmer
- Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
- Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
- Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
- Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
- Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
Sous condition
- White-spirit Toléré brièvement sur une carrosserie vernie, jamais sur une peinture mate ni sur un plastique de tableau de bord.
- Alcool isopropylique Dilué à 30 %, sur chiffon, pour un écran ou un stratifié. Jamais versé, jamais sur un joint.
Agit, mais détruit
- Action mécanique Le film ne fait que quelques microns : le moindre abrasif le traverse et met le support à nu.
- Essence de térébenthine Ramollit la peinture glycéro, y compris celle du support.
Peau vivante M7 porosité faible
La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.
Ce qui agit sans abîmer
- Absorbant sec terre de Sommières, talc, argile Capture le liquide par capillarité avant qu’il ne pénètre. Sur une tache grasse fraîche, c’est le seul geste qui gagne du terrain — tous les autres en font perdre.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
- Cristaux de soude carbonate de sodium Saponifie les corps gras — il les transforme en savon, donc en quelque chose de soluble — et gonfle la fibre cellulosique, ce qui libère les particules incrustées.
- Dégraissant d’agrume d-limonène Terpène extrait de l’écorce d’orange. Attaque par affinité de structure les élastomères d’une gomme à mâcher et les colles à base de caoutchouc naturel, que l’eau et les tensioactifs ne touchent pas.
- Chaleur sèche fer à repasser et papier absorbant Fait fondre la cire et les thermoplastiques à basse température de fusion. Le liquide migre par capillarité dans l’absorbant posé dessus, au lieu de s’étaler dans la matière.
- Lessive enzymatique protéase, lipase, amylase Une enzyme est un catalyseur biologique qui découpe une grosse molécule en fragments assez petits pour partir à l’eau. La protéase coupe les protéines, la lipase les graisses, l’amylase l’amidon.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
Sous condition
- Action mécanique Jamais de lame, jamais de brosse dure : une plaie sous une colle est une porte d’entrée pour une infection.
Agit, mais détruit
- White-spirit Passe la barrière cutanée. Neurotoxique, et interdit sur les mains d’un enfant.
- Essence de térébenthine Sensibilisant : l’allergie de contact apparaît après plusieurs expositions sans réaction.
Le cas où l’on passe la main
Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.
Ce qui aggrave la tache
- Eau froide Elle n’emporte rien et elle élargit l’auréole : le corps gras s’étale sur le front d’eau au lieu de partir avec elle.
Ce qui ne sert à rien
- Vinaigre blanc Un corps gras n’est pas un carbonate : l’acide n’a rien à attaquer.
- Eau de Javel Elle décolore le pigment que le gras transporte, et laisse le gras.
Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.
Sur cette page, ne mélangez jamais
Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)
Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.
Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.
Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux
L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.
Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.
Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène
L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.
Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.
Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone
Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.
Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique
Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.
La liste complète est sur la page sécurité.
Questions fréquentes
Pourquoi le fond de teint résiste-t-il au lavage en machine ?
Parce qu'une formule longue tenue contient un polymère filmogène, souvent un silicone, dont le rôle est justement de résister à l'eau et au frottement. Le cycle de lavage enlève la phase grasse et laisse le film chargé de pigment, qui apparaît comme une ombre beige.
Le liquide vaisselle enlève-t-il le fond de teint ?
Il enlève la phase grasse, ce qui représente une bonne moitié du problème, mais il ne dissout pas le film de silicone et n'agit pas sur les pigments minéraux. Utilisé seul, il éclaircit la tache sans la faire disparaître.
Peut-on utiliser un démaquillant sur un vêtement ?
Une eau micellaire ou un démaquillant biphasé fonctionne sur le principe du tensioactif et de l'huile, donc il agit réellement sur la phase grasse. Il laisse en revanche son propre corps gras dans le tissu, qu'il faudra dégraisser ensuite, et il ne règle pas le film de silicone.
Comment enlever la trace beige qui reste après le lavage ?
Cette trace est du pigment minéral retenu par un film résiduel. Il faut casser le film à l'alcool isopropylique sur un chiffon, puis relaver avec un tensioactif, en travaillant par touches et avec un absorbant sous le tissu.
Sources et méthode
- Classification interne du site : classes de taches et classes de matières
- Modes d'action des agents de retrait déclarés sur la page Agents
- Compositions déclarées des fonds de teint émulsionnés et longue tenue
Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.