En bref

  • La curcumine est un polyphénol jaune très peu soluble dans l'eau et très soluble dans les corps gras : la tache de curry est double, un colorant plus une graisse.
  • L'ordre compte : tensioactif d'abord pour retirer l'huile porteuse, oxydant ensuite pour casser la couleur. L'inverse échoue.
  • La curcumine se dégrade sous les ultraviolets : un textile blanc lavé puis étendu au soleil s'éclaircit en quelques heures, sans produit.
  • Le pH alcalin fait virer la curcumine au rouge-orangé : la tache paraît empirer alors qu'elle a seulement changé de couleur.

La curcumine est un polyphénol jaune très peu soluble dans l’eau et très soluble dans les corps gras. Dans un curry, une sauce tomate ou un plat épicé, elle arrive donc portée par de l’huile, et la tache est double : un colorant végétal plus une graisse. C’est cette dualité qui commande la méthode — on retire le gras d’abord, on casse la couleur ensuite, et jamais l’inverse.

Ce que c’est, et pourquoi ça tient

Le curcuma est le rhizome d’une plante, réduit en poudre, et sa couleur vient d’un groupe de trois molécules voisines qu’on nomme collectivement curcuminoïdes. La principale, la curcumine, est un polyphénol : une molécule construite sur des cycles aromatiques porteurs de groupes hydroxyles. Sa structure comporte une longue chaîne de doubles liaisons conjuguées, et c’est cette chaîne qui absorbe la lumière bleue et renvoie le jaune.

Deux propriétés en découlent, et elles expliquent tout le comportement de la tache. La première est la liposolubilité : la curcumine est apolaire, elle refuse l’eau et se dissout volontiers dans une huile. En cuisine, cela veut dire qu’elle passe dans la matière grasse du plat dès qu’on fait revenir les épices, et qu’elle arrive sur le tissu dissoute dans cette matière grasse. On ne reçoit pas un pigment sec, on reçoit une solution huileuse colorée.

La seconde est la sensibilité au pH. Comme les anthocyanes des fruits rouges, mais par un mécanisme différent, la curcumine change de couleur avec l’acidité du milieu : jaune en milieu neutre ou acide, elle vire au rouge-orangé en milieu alcalin. C’est ce qui produit l’observation la plus déroutante du sujet : on savonne une tache de curry, et elle devient rouge. Elle n’a pas empiré, elle a changé d’état.

La fixation, elle, suit le mécanisme de toute la classe des tanins. Tant que le mélange est frais, la fraction huileuse est mobile et le pigment part avec elle. En séchant, le pigment s’oxyde, se lie aux fibres et la couleur devient une propriété du textile plutôt qu’un dépôt posé dessus. On n’enlève alors plus la molécule : on casse le chromophore, cette longue chaîne conjuguée qui donne le jaune.

Ce qui la fait partir

L’ordre des opérations est ici plus important que le choix des produits, parce que le gras protège le pigment. Tant que la curcumine est enrobée d’huile, l’eau et l’oxydant ne l’atteignent pas : ils glissent dessus. Le premier geste utile est donc un tensioactif — le liquide vaisselle — appliqué pur sur la tache, malaxé du bout du doigt, laissé cinq minutes. Sa molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre à l’eau, ce qui permet à l’eau d’emporter la goutte de gras.

Sur une tache fraîche et sur un textile qui la tolère, l’eau chaude accélère nettement ce dégraissage. Elle abaisse la viscosité de la matière grasse et multiplie la vitesse de la réaction : en chimie, dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse. Une réserve importante s’impose toutefois. Si la sauce contient du lait, de la crème, du yaourt ou de l’œuf, elle apporte une protéine, que la chaleur coagulerait et fixerait dans la fibre. Dans ce cas, on reste à l’eau froide jusqu’à ce que la protéine soit partie.

Le pigment restant se traite ensuite par oxydation. Le percarbonate de sodium, dans une eau à plus de quarante degrés, se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène, et le peroxyde casse les doubles liaisons du chromophore. En dessous de quarante degrés il ne libère presque rien, ce qui explique la plupart des échecs qu’on lui attribue. À froid, l’eau oxygénée à 3 % fait la même chose plus lentement, sans laisser de résidu à rincer puisqu’elle se décompose en eau et en oxygène.

Enfin, le curcuma offre une voie que ses voisins de classe n’ont pas : la photodégradation. La curcumine se dégrade sous la lumière ultraviolette, si bien qu’un textile blanc dégraissé, lavé et étendu en plein soleil s’éclaircit franchement en quelques heures. C’est un des rares cas du site où l’attente fait le travail, et le meilleur rapport entre l’effort et le résultat. Sur un tissu de couleur, le même soleil décolore aussi la teinture : la méthode se réserve aux blancs.

Selon la matière

Le curcuma pose la même question à chaque classe de matière : la matière tolère-t-elle à la fois le dégraissage et l’oxydation. Les deux étapes sont nécessaires, et beaucoup de matières n’en acceptent qu’une. Le détail de l’identification des fibres figure sur la page vêtement et tissu.

Sur une fibre cellulosique — coton, lin, viscose, lyocell — les deux étapes passent. La cellulose tolère l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui autorise le percarbonate à sa vraie température, et sa forte porosité rend le dégraissage plus long mais complet. Le seul arbitrage porte sur la teinture : l’eau oxygénée éclaircit les couleurs, et l’eau de Javel, acceptable sur un coton blanc, laisse sur une couleur une auréole blanche définitive.

Sur une fibre protéique — laine, soie, cachemire — le traitement se réduit de moitié. L’eau au-delà de trente degrés ouvre les écailles de la laine, qui feutre et rétrécit sans retour ; les cristaux de soude et le percarbonate, alcalins, font perdre à la fibre son élasticité irréversiblement. Il reste le tensioactif à l’eau froide pour la phase grasse, et l’eau oxygénée à 3 % sur une laine claire après essai sur une couture. Sur la soie, le peroxyde ternit le brillant, et il n’y a pas d’alternative domestique : une pièce de valeur part au nettoyage à sec.

Sur un synthétique thermoplastique — polyester, polyamide, acrylique, élasthanne — la chimie passe et la chaleur mord. Le percarbonate à quarante ou cinquante degrés est la bonne voie. En revanche le polyester se rétracte dès cent vingt degrés et l’élasthanne perd son élasticité dès soixante, ce qui exclut le fer et rend le sèche-linge risqué. Une difficulté propre s’ajoute : le polyester est oléophile, il retient la matière grasse plus fermement que le coton, et le dégraissage y demande deux passages plutôt qu’un.

Classe de matièreLe point qui décide
CellulosiqueDégraissage puis percarbonate à chaud : les deux étapes sont ouvertes
ProtéiqueTensioactif à froid seulement ; oxydant limité au peroxyde à 3 %
SynthétiqueChimie tolérée, mais fibre oléophile : deux dégraissages, aucun fer
Minéral poreuxL’huile est descendue de plusieurs millimètres : cataplasme absorbant
Minéral vitrifiéLe plus simple : dégraissant, puis solvant si un voile jaune reste
RevêtementLe jaune migre dans le film et n’en ressort pas
Peau vivanteColoration sans gravité, qui part au renouvellement de la couche cornée

Sur un minéral poreux — béton, joint de carrelage, pierre calcaire, terre cuite, plâtre — la phase grasse descend de plusieurs millimètres par capillarité et emporte le pigment avec elle. Le seul geste qui gagne du terrain est l’absorbant sec, terre de Sommières ou argile, posé en épaisseur et laissé plusieurs heures : il tire le gras vers le haut par capillarité. Sur les carbonates de cette classe — marbre, pierre calcaire, travertin, joint de ciment — aucun acide n’est utilisable, car il dissoudrait la matière elle-même en laissant une zone mate et gravée.

Sur un minéral vitrifié — verre, émail, faïence, inox, grès cérame — le curcuma est presque un non-sujet. Rien ne pénètre, un dégraissant enlève l’ensemble, et si un voile jaune persiste sur un plastique de plan de travail voisin, il s’agit d’une autre classe. Seules restrictions : aucun abrasif sur le verre, le chrome ou l’inox brossé, et pas d’eau de Javel sur l’inox, dont elle pique la couche passive.

La classe des revêtements est celle où le curcuma laisse des traces durables et mal comprises. Un plan de travail stratifié, une boîte alimentaire, un joint de silicone, un plastique de réfrigérateur se colorent en jaune parce que la curcumine, liposoluble, migre dans le film et s’y installe. Elle n’est plus en surface : elle est dans la matière du film, et aucun frottement ne l’atteint. L’oxydation douce à l’eau oxygénée, par contacts répétés, allège parfois la teinte ; les solvants qui viendraient à bout du pigment dissoudraient le film. C’est aussi la classe où la voie du soleil garde un intérêt : une boîte en plastique jaunie par le curry, laissée deux jours sur un balcon, s’éclaircit visiblement.

Sur la peau, la coloration des doigts et des ongles est superficielle et sans conséquence. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines, un lavage au tensioactif en enlève l’essentiel, et l’huile alimentaire aide, puisque le pigment y est soluble. Aucun solvant ne se justifie : l’acétone dissout le film lipidique cutané et provoque une dermatite de contact plus longue que la coloration.

Les erreurs qui la fixent

Attaquer le pigment avant le gras est l’erreur structurante. Un oxydant appliqué sur une tache encore huileuse ne l’atteint pas : l’huile est apolaire, l’oxydant arrive en solution aqueuse, et les deux se croisent sans se rencontrer. On conclut que le percarbonate ne marche pas, alors qu’il n’a simplement jamais touché la molécule cible. Le dégraissage passe toujours en premier.

La chaleur sèche est l’erreur irréversible. Un passage au fer ou un cycle de sèche-linge achève l’oxydation du pigment et rend le jaune-brun permanent. Sur un synthétique, le fer ajoute une marque lustrée qui ne s’enlève pas non plus. La tache de curry se vérifie sur textile humide, à la lumière du jour, avant tout séchage machine.

Monter le pH pour « attaquer plus fort » est la troisième. Les cristaux de soude, à pH 11, foncent la plupart des tanins et font virer la curcumine au rouge-orangé : on remplace une tache jaune par une tache rouge plus difficile à décolorer. Le bon usage de l’alcalin ici est celui du percarbonate, qui apporte l’alcalin comme un effet secondaire de son oxydation, à dose contenue.

Enfin, compter sur le bicarbonate de sodium. Il n’est ni oxydant ni solvant du chromophore, et son abrasion — 2,5 sur l’échelle de Mohs, moins dure qu’un ongle — n’enlève rien à une fibre. Il absorbe l’humidité, tamponne légèrement le pH, et c’est tout ce qu’il fait.

La sauce tomate, le safran et les autres jaunes

Sous une même méthode se rangent plusieurs substances qui ne partagent pas exactement la même chimie, et il vaut la peine de distinguer. La sauce tomate apporte du lycopène, un caroténoïde également liposoluble, dans une base acide et sucrée. La méthode est identique — dégraissage puis oxydation — mais le lycopène est moins photosensible que la curcumine, et le soleil y rend moins de service.

Le safran teint par la crocine, qui est au contraire hydrosoluble : une tache de safran se rince donc beaucoup mieux à l’eau froide qu’une tache de curcuma, et son traitement ressemble davantage à celui des autres tanins. Un mélange industriel vendu comme « curry » contient les deux, plus du paprika et de l’huile, ce qui explique qu’une même tache réagisse par étapes successives plutôt qu’en une fois.

La sauce bolognaise et les currys à la crème ajoutent le paramètre qui change la conduite : une protéine. Le lait, la crème, le yaourt et l’œuf coagulent au-delà de trente-cinq à quarante degrés et s’ancrent alors dans la fibre. Dans ces cas-là, l’eau chaude qui aiderait sur le gras ferait le mal sur la protéine, et l’ordre devient : eau froide et tensioactif jusqu’à disparition de la partie laiteuse, puis seulement montée en température pour la phase colorée.

Le cas de terrain le plus demandé est traité pas à pas sur la page curcuma sur un vêtement. Pour la phase grasse pure, sans pigment, la page graisse et huile détaille le rôle décisif de l’absorbant sec dans la première minute.

Le croisement, matière par matière

Curcuma et sauces épicées relève de la classe TAN — tanins et colorants végétaux. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui agit sans abîmer

  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

  • Eau froide Sur le bois brut, l’eau gonfle la fibre et lève le grain. Travailler humide, jamais mouillé.
  • Eau oxygénée Éclaircit les teintures. Essai sur couture intérieure.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle

Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral poreux M4 porosité forte

Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

  • Acide citrique Même réaction, un peu plus lente. Le pouvoir chélatant n’y change rien.

Le cas où l’on passe la main

Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.

Fibre protéique M1 porosité forte

Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.

Sous condition

  • Eau oxygénée Toléré à 3 % sur la laine claire, sur essai préalable. Sur la soie, il ternit le brillant.

Agit, mais détruit

  • Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Revêtement et film M6 porosité nulle

La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Peau vivante M7 porosité faible

La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Le cas où l’on passe la main

Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.

Ce qui aggrave la tache

  • Cristaux de soude Un pH élevé fonce la plupart des tanins : la tache vire au brun et devient plus difficile.
  • Liquide vaisselle Sur une tache de tanin non rincée, le savon alcalin peut fixer la couleur. Rincer avant de savonner.
  • Chaleur sèche Le séchage achève l’oxydation et rend le brunissement permanent.

Ce qui ne sert à rien

  • White-spirit Un tanin est hydrosoluble : un solvant apolaire n’y accède pas.
  • Bicarbonate de sodium Ni oxydant ni solvant du chromophore. Il absorbe l’humidité, rien de plus.

Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

  • Soude caustique ou cristaux de soude+Aluminium→ dihydrogène

    L’aluminium est amphotère : il réagit avec les bases fortes. Le dégagement d’hydrogène est vif, inflammable, et dans un récipient fermé il monte en pression. La casserole en alu, elle, est perdue.

  • White-spirit, térébenthine, acétone+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants ont un point d’éclair bas et leurs vapeurs sont plus lourdes que l’air : elles s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

Comment enlever une tache de curry sur un vêtement blanc ?

On dégraisse d'abord au liquide vaisselle pour retirer l'huile qui porte le pigment, on rince à l'eau froide, puis on décolore au percarbonate de sodium dans une eau à plus de quarante degrés. Sur un blanc, l'étape la plus rentable reste de faire sécher au soleil : les ultraviolets dégradent la curcumine en quelques heures.

Pourquoi ma tache de curcuma est devenue rouge ?

La curcumine change de couleur avec le pH : elle est jaune en milieu neutre ou acide et vire au rouge-orangé en milieu alcalin. Un savon, des cristaux de soude ou du percarbonate provoquent donc ce virage sans avoir fixé la tache. Un rinçage abondant à l'eau claire ramène la teinte vers le jaune.

Le soleil enlève-t-il vraiment une tache de curcuma ?

Oui, et c'est un des rares cas où l'attente fait le travail. La curcumine se dégrade sous la lumière ultraviolette, si bien qu'un textile blanc lavé puis étendu en plein soleil s'éclaircit nettement en quelques heures. Il faut avoir dégraissé avant, sinon l'huile reste et la trace persiste.

Faut-il de l'eau chaude ou froide sur une tache de curry ?

De l'eau chaude, à condition qu'il n'y ait ni lait ni œuf ni yaourt dans la sauce. La chaleur abaisse la viscosité de la matière grasse et accélère l'action du tensioactif. Un curry à la crème ou un korma au yaourt apporte en revanche une protéine, que l'eau chaude coagulerait et fixerait.

Sources et méthode

  • Classification des taches par classe chimique et des matières par tolérance, telle que publiée sur ce site
  • Propriétés de la curcumine : liposolubilité, photodégradation, virage de teinte en milieu alcalin

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.