En bref

  • Le café tache par ses tanins et ses mélanoïdines, les molécules brunes formées à la torréfaction : elles sont hydrosolubles tant qu'elles n'ont pas séché.
  • Le lait change tout : il apporte une protéine que l'eau chaude coagule et fixe, alors que le tanin seul demande la chaleur. Le lait commande la température.
  • Premier geste : rinçage abondant à l'eau froide par l'envers, avant tout savon. Un tensioactif sur un tanin non rincé peut fixer la couleur.
  • Une tache de thé noircit sur une fibre chargée en fer : ses tanins réagissent avec le métal et forment un complexe sombre.

Le café tache par ses tanins et par ses mélanoïdines, les molécules brunes que la torréfaction fabrique. Elles sont hydrosolubles tant qu’elles n’ont pas séché, ce qui fait du rinçage immédiat à l’eau froide le geste le plus rentable. Mais la question qui décide vraiment de la méthode n’est pas le café : c’est le lait. Un café noir est un tanin pur, qui aime la chaleur ; un cappuccino ajoute une protéine, que la chaleur fixe définitivement.

Ce que c’est, et pourquoi ça tient

Le grain de café vert ne tache presque pas. La couleur naît à la torréfaction, où les sucres et les acides aminés du grain réagissent entre eux et produisent un ensemble de gros polymères bruns, les mélanoïdines. Ce sont des molécules mal définies, de tailles variables, chargées en cycles aromatiques et en doubles liaisons — donc capables d’absorber la lumière visible et de renvoyer du brun.

À ces mélanoïdines s’ajoutent les tanins proprement dits, des polyphénols végétaux présents dans le grain, et les acides chlorogéniques. Tout cet ensemble est hydrosoluble : il est passé dans l’eau de la tasse, et il peut en repartir. Un rinçage abondant à l’eau froide, sur une tache de moins d’une minute, emporte la fraction la plus importante du problème.

Ce qui ferme cette fenêtre, c’est le séchage. En s’évaporant, l’eau concentre les molécules contre la fibre, et l’oxygène de l’air termine le travail : les polyphénols s’oxydent, se lient entre eux et à la cellulose, et deviennent nettement moins solubles. La tache brune d’un mug oublié dix minutes et celle d’un mug oublié trois jours ne sont pas le même objet chimique, même si elles se ressemblent.

Le thé suit la même logique avec un décalage utile. Ses tanins sont plus clairs mais plus réactifs au fer : ils forment avec les ions ferriques un complexe très sombre, presque noir. C’est pourquoi une tache de thé peut noircir sur une fibre chargée en fer, après un rinçage à une eau très ferrugineuse, ou au contact d’un objet métallique oxydé. Le noircissement n’est pas un durcissement de la tache mais une réaction annexe, et un séquestrant la défait.

Ce qui la fait partir

L’eau froide, tout de suite, en abondance, et par l’envers du tissu. Rincer par l’envers pousse le pigment vers la face qu’il a touchée en premier, au lieu de le faire traverser une deuxième fois toute l’épaisseur. Ce geste ne coûte rien et représente la plus grande part du résultat sur une tache fraîche, très au-delà de n’importe quel produit appliqué ensuite.

Vient alors la question du lait, et elle se tranche avant de choisir la température. Un café noir, un thé nature, un expresso sont des tanins purs : ils tolèrent l’eau chaude, qui multiplie la vitesse de toute réaction chimique et rend le percarbonate opérant. Un cappuccino, un café au lait, un thé au lait apportent des protéines de lait, qui coagulent et s’ancrent dans la fibre au-delà de trente-cinq à quarante degrés. Dans ce cas, on reste à l’eau froide, avec une lessive enzymatique dont la protéase découpe la protéine, jusqu’à disparition de la partie laiteuse.

La décoloration du tanin est l’étape suivante, et elle repose sur l’oxydation. Le percarbonate de sodium, dans une eau à plus de quarante degrés, se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène ; le peroxyde casse les doubles liaisons du chromophore, cette partie de la molécule qui absorbe la lumière. À vingt degrés il ne libère presque rien, ce qui explique la majorité des échecs qu’on lui reproche. À froid, sur une fibre qui n’accepte pas la chaleur, l’eau oxygénée à 3 % fait le même travail plus lentement.

Sur une tache ancienne, une étape précède tout le reste. Le tanin oxydé s’est resserré contre la fibre et l’oxydant n’y accède plus. La glycérine, appliquée pure et laissée une heure, réhydrate le dépôt et le rend de nouveau attaquable : c’est un humectant, pas un détachant, et il se rince à l’eau tiède avant l’oxydant. L’acide citrique a un double intérêt à ce stade, puisqu’il acidifie le milieu et séquestre en plus le fer, ce qui règle le cas des taches de thé noircies.

Le tensioactif ferme la séquence. Sur un tanin non rincé, un savon alcalin peut fixer la couleur, et l’alcalinité fait de toute façon foncer la tache : le liquide vaisselle n’a donc rien à faire en premier geste. Après le rinçage et l’oxydant, il emporte le sucre, la matière grasse du lait et les résidus, ce qui est son rôle réel et suffit.

Selon la matière

Le café est une tache facile sur les matières permissives et un problème durable sur les autres, parce que sa décoloration demande à la fois de la chaleur et un oxydant. Les tests d’identification des fibres figurent sur la page vêtement et tissu ; ce qui suit donne le verdict par classe.

Sur une fibre cellulosique — coton, lin, viscose, lyocell — la voie complète est ouverte. La fibre tolère l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui permet le percarbonate à sa vraie température de travail, et la nappe en lin tachée de café est l’un des rares cas où un blanc redevient franchement blanc. Le seul arbitrage concerne la teinture : l’eau oxygénée éclaircit les couleurs, et l’eau de Javel, tolérée sur un coton blanc, laisse sur une couleur une auréole blanche définitive.

Sur une fibre protéique — laine, soie, cachemire, angora — la moitié des outils disparaît. L’eau au-delà de trente degrés ouvre les écailles de la laine, qui s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour. Le percarbonate, alcalin, agit sur la fibre comme les cristaux de soude, qui lui font perdre son élasticité irréversiblement. Il reste l’eau froide, l’eau oxygénée à 3 % sur une laine claire et sur essai préalable, et rien sur la soie, dont le peroxyde ternit le brillant. Une pièce de valeur part au nettoyage à sec, où le détachage se fait au solvant sous contrôle de tension.

Sur un synthétique thermoplastique — polyester, polyamide, acrylique, élasthanne — la chimie passe et la chaleur mord. Le percarbonate à quarante ou cinquante degrés est la bonne voie, largement suffisante. En revanche le polyester se rétracte dès cent vingt degrés et l’élasthanne perd son élasticité dès soixante, ce qui exclut le fer : une marque lustrée de fer ne s’enlève pas. L’eau de Javel casse l’élasthanne présent dans presque tous les tissus stretch, par fragments.

Classe de matièreCe qui décide sur une tache de café
CellulosiqueChaleur et percarbonate ouverts : le cas où un blanc redevient blanc
ProtéiqueEau froide seulement ; peroxyde à 3 % sur laine claire, rien sur la soie
SynthétiqueOxydant à 40-50 °C ; ni fer, ni javel à cause de l’élasthanne
Minéral poreuxLe tanin est descendu de plusieurs millimètres ; aucun acide sur les carbonates
Minéral vitrifiéRien ne pénètre : la tache s’essuie, même tardivement
RevêtementLe brun migre dans le film ; le solvant emporterait le film
Peau vivanteSans objet : coloration passagère de la couche cornée

Sur un minéral poreux — béton, joint de carrelage, pierre calcaire, marbre, terre cuite, plâtre — la boisson est aspirée par capillarité et descend de plusieurs millimètres. Un traitement de surface éclaircit puis la tache remonte, parce qu’elle n’a jamais été retirée. Le piège spécifique est chimique : la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, et l’acide citrique qu’on emploierait volontiers pour le fer y grave une zone mate et rugueuse qui ne se repolit pas au chiffon. Sur du marbre ou une pierre calcaire, on ne met aucun acide, vinaigre compris.

Sur un minéral vitrifié — verre, émail, faïence, inox, grès cérame — le café n’est presque jamais un problème. La tache reste posée dessus, l’eau savonneuse suffit, et une tasse brunie à l’intérieur se traite au percarbonate en trempage. Les deux seules limites sont l’abrasif, définitif sur le verre, le chrome et l’inox brossé, et l’eau de Javel sur l’inox, dont les chlorures percent la couche passive de chrome et creusent des points de rouille.

La classe des revêtements demande de la retenue. Un stratifié de plan de travail, un cuir pigmenté de canapé, un plastique blanc de machine à café se colorent en brun parce que le pigment migre dans le film et s’y installe. La retirer par le dessus n’est pas possible : elle est dans la matière du film. Une oxydation douce à l’eau oxygénée, par contacts répétés sur un chiffon, est le maximum raisonnable. Les solvants qui viendraient à bout du tanin dissoudraient le film, et l’abrasif, sur quelques microns d’épaisseur, met le support à nu.

Sur la peau, il n’y a pas de sujet : la coloration est superficielle, la couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines, et de l’eau savonneuse suffit. Le seul point qui mérite d’être dit est négatif : aucun solvant ne se justifie pour une trace de café, et l’acétone dissout le film lipidique cutané en provoquant une dermatite de contact durable.

Les erreurs qui la fixent

Verser de l’eau chaude sur un café au lait est l’erreur la plus fréquente, et la seule vraiment irréversible. La protéine du lait se déplie sous l’effet de la chaleur puis se lie mécaniquement à la fibre : la tache brunit et devient définitive. C’est gratuit à éviter, à condition de se poser une seule question avant d’ouvrir le robinet — y avait-il du lait.

La chaleur sèche vient ensuite, et elle vaut pour tous les cas. Le fer et le sèche-linge achèvent l’oxydation du tanin et rendent le brunissement permanent : la molécule atteint un état stable, et il n’y a plus de chromophore fragile à casser. Un vêtement taché ne passe au sèche-linge qu’après vérification du résultat, sur textile encore humide et à la lumière du jour.

Savonner avant de rincer est la troisième. Sur un tanin non rincé, le tensioactif alcalin peut fixer la couleur, et un pH élevé fonce la plupart des tanins en les faisant virer au brun. Les cristaux de soude, à pH 11, aggravent la tache de manière parfaitement contre-intuitive : c’est le produit le plus puissant du placard qui travaille ici contre l’objectif.

Enfin, attendre du bicarbonate de sodium ce qu’il ne peut pas donner. Il n’est ni oxydant ni solvant du chromophore, et son abrasion — 2,5 sur l’échelle de Mohs, moins dure qu’un ongle — n’entame rien. Il absorbe l’humidité et les molécules odorantes acides, ce qui explique son utilité réelle sur une odeur et son inutilité complète sur une couleur.

Le café sur un canapé, un tapis ou un matelas

C’est le second cas de terrain du sujet, et il obéit à un paramètre différent : le volume de liquide. Une garniture ne se rince pas et ne se vide pas. Tout ce qu’on y verse reste dedans, remonte vers la surface pendant le séchage, et rapporte le pigment sous forme d’une auréole souvent plus visible que la tache d’origine. On travaille donc à l’humide et jamais au mouillé, avec un chiffon essoré plutôt qu’un flacon.

La parade contre l’auréole est géométrique. On traite une zone plus large que la tache, de façon à ce que la limite de la zone humide tombe sur du tissu propre, et l’on sèche par le centre en aspirant ou en pressant du papier absorbant. Une lampe ou un sèche-cheveux tiède orienté vers le milieu accélère l’évaporation là où il faut, c’est-à-dire à l’intérieur, pour que la migration se fasse vers le haut et non vers les bords.

L’étiquette cousue sous l’assise donne la règle applicable. W autorise l’eau, S impose un solvant, WS accepte les deux, X interdit tout liquide et n’autorise que l’aspiration. Un tapis en laine noué ou un kilim ancien relève par ailleurs de la fibre protéique : ni chlore, ni enzyme, ni eau chaude, et pour une pièce de valeur un atelier plutôt qu’un essai.

Le cas du vêtement est traité pas à pas sur la page café sur un vêtement, et celui du rembourré sur café sur un tapis. Pour la part laitière de la tache, dont le mécanisme de coagulation est le même que celui du sang, la page sang détaille pourquoi trente-cinq degrés suffisent à tout compromettre.

Le croisement, matière par matière

Café et thé relève de la classe TAN — tanins et colorants végétaux. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui agit sans abîmer

  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

  • Eau froide Sur le bois brut, l’eau gonfle la fibre et lève le grain. Travailler humide, jamais mouillé.
  • Eau oxygénée Éclaircit les teintures. Essai sur couture intérieure.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle

Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral poreux M4 porosité forte

Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

  • Acide citrique Même réaction, un peu plus lente. Le pouvoir chélatant n’y change rien.

Le cas où l’on passe la main

Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.

Fibre protéique M1 porosité forte

Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.

Sous condition

  • Eau oxygénée Toléré à 3 % sur la laine claire, sur essai préalable. Sur la soie, il ternit le brillant.

Agit, mais détruit

  • Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Revêtement et film M6 porosité nulle

La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Peau vivante M7 porosité faible

La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Le cas où l’on passe la main

Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.

Ce qui aggrave la tache

  • Cristaux de soude Un pH élevé fonce la plupart des tanins : la tache vire au brun et devient plus difficile.
  • Liquide vaisselle Sur une tache de tanin non rincée, le savon alcalin peut fixer la couleur. Rincer avant de savonner.
  • Chaleur sèche Le séchage achève l’oxydation et rend le brunissement permanent.

Ce qui ne sert à rien

  • White-spirit Un tanin est hydrosoluble : un solvant apolaire n’y accède pas.
  • Bicarbonate de sodium Ni oxydant ni solvant du chromophore. Il absorbe l’humidité, rien de plus.

Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

  • Soude caustique ou cristaux de soude+Aluminium→ dihydrogène

    L’aluminium est amphotère : il réagit avec les bases fortes. Le dégagement d’hydrogène est vif, inflammable, et dans un récipient fermé il monte en pression. La casserole en alu, elle, est perdue.

  • White-spirit, térébenthine, acétone+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants ont un point d’éclair bas et leurs vapeurs sont plus lourdes que l’air : elles s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

Faut-il de l'eau chaude ou froide sur une tache de café ?

De l'eau froide d'abord, toujours, pour évacuer la fraction encore soluble. La chaleur ne devient utile qu'ensuite, et seulement si la boisson ne contenait ni lait ni crème : le lait apporte une protéine que l'eau chaude coagule et fixe définitivement dans la fibre.

Comment enlever une tache de café séchée ?

Il faut la réhydrater avant de l'attaquer : la glycérine pure, laissée une heure puis rincée, rend le tanin oxydé de nouveau accessible. On enchaîne avec un oxydant — percarbonate de sodium dans une eau à plus de quarante degrés, ou eau oxygénée à froid sur une fibre délicate. Le pigment n'est pas retiré, sa couleur est détruite.

Pourquoi ma tache de thé est-elle devenue noire ?

Les tanins du thé forment avec les ions du fer un complexe très sombre, ce qui explique le noircissement sur une fibre chargée en fer ou après un rinçage à l'eau très ferrugineuse. Un séquestrant ou l'acide citrique, qui enferment le métal dans un complexe soluble, corrigent cette réaction avant de passer à l'oxydant.

Le liquide vaisselle marche-t-il sur le café ?

Il aide, mais seulement après rinçage et jamais en premier geste. Sur un tanin non rincé, un savon alcalin peut fixer la couleur, et l'alcalinité fait de toute façon foncer la tache. Son rôle utile est d'emporter le sucre et la matière grasse du lait, une fois le pigment traité.

Sources et méthode

  • Classification des taches par classe chimique et des matières par tolérance, telle que publiée sur ce site
  • Composition du café torréfié : tanins, mélanoïdines ; réaction des tanins du thé avec les ions ferriques

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.