En bref
- Une encre à l'eau se rince tant qu'elle est fraîche ; une encre à solvant ne revient qu'avec un solvant de même polarité, alcool en premier.
- Le geste qui décide est l'absorbant sec placé SOUS la matière : sans lui, le solvant repousse le colorant vers l'intérieur.
- L'eau seule est la pire première réaction : elle ne dissout pas le colorant, elle le transporte et double la surface tachée.
- Sur un plastique transparent ou un vernis, le solvant qui enlève l'encre attaque le support : le dommage est structurel, pas cosmétique.
L’encre est un colorant tenu en suspension par un liquide qui s’évapore, et c’est ce liquide qui commande tout : une encre à l’eau se rince, une encre à solvant ne revient qu’avec un solvant de même nature. Le geste qui décide du résultat n’est pas le choix du produit mais l’absorbant sec placé sous la matière, qui reçoit le colorant une fois remis en solution. Sans lui, le solvant fait exactement le contraire de ce qu’on attend : il pousse la couleur vers l’intérieur.
Ce que c’est, et pourquoi ça tient
Une encre réunit trois composants. Le premier est la matière colorante, soit un colorant — une molécule dissoute, donc invisible individuellement — soit un pigment, une particule solide broyée fin. Le deuxième est le véhicule, l’eau ou un solvant organique, qui rend l’encre fluide le temps de l’écriture. Le troisième est un jeu de résines et d’humectants qui règle l’étalement et la vitesse de séchage.
Le mécanisme du dépôt est purement physique. Le véhicule s’évapore, et ce qu’il portait reste sur place, plaqué contre la fibre ou dans la porosité. Un colorant, parce qu’il est dissous à l’échelle de la molécule, se glisse entre les chaînes de la fibre et s’y accroche par les mêmes forces faibles qui font tenir une teinture. Un pigment, lui, reste posé : il ne pénètre pas mais il est mécaniquement piégé par la trame.
Cette distinction explique deux comportements que l’on croit contradictoires. Une encre de feutre lavable disparaît en une minute sous le robinet, parce que son colorant est resté hydrosoluble après séchage. Une encre de marqueur permanent résiste à un lavage à soixante degrés, parce que son colorant n’a jamais été soluble dans l’eau et que sa résine l’a fixé en séchant. Le mot « permanent » sur le corps du feutre ne décrit pas une force : il décrit une polarité.
Les encres d’imprimante ajoutent une variante utile à connaître. Les encres de jet d’encre à colorant sont hydrosolubles et partent souvent mieux que prévu ; les encres pigmentaires, elles, résistent à l’eau par construction, et le toner laser n’est pas une encre du tout mais une poudre thermoplastique fondue sur le papier.
Ce qui la fait partir
Le principe tient en une phrase de chimiste : semblable dissout semblable. Un colorant déposé par un alcool se redissout dans un alcool ; un colorant déposé par de l’eau se redissout dans de l’eau. On ne cherche donc pas le produit le plus fort mais le produit de même polarité que le véhicule d’origine, ce qui est presque toujours le produit le plus doux qui fonctionne.
L’ordre d’essai suit cette logique, du moins agressif au plus agressif pour le support. L’alcool à 90° et l’alcool isopropylique viennent en premier : ils dissolvent la grande majorité des colorants d’encre, et ils s’évaporent assez vite pour ne pas avoir le temps de migrer loin. L’acétate d’éthyle, le dissolvant sans acétone, prend le relais sur les encres chargées en résine. L’acétone ne vient qu’en dernier, et seulement sur une matière dont on a vérifié qu’elle la supporte.
Le geste compte autant que le produit, et c’est là que la plupart des tentatives échouent. Le solvant remet le colorant en solution, et cette solution part quelque part : vers le bas si un absorbant l’attend, vers les côtés et vers l’intérieur sinon. On empile donc du papier absorbant sous la zone tachée, on applique le solvant par petites touches sur le dessus, et on remplace l’absorbant dès qu’il se colore. C’est un transfert, pas une dissolution dans le vide.
Après le solvant, il reste presque toujours un fond de couleur, plus pâle et plus diffus. Deux voies s’offrent alors. Un tensioactif — le liquide vaisselle — émulsionne les résidus de résine que le solvant a laissés en place. Un oxydant, percarbonate de sodium à chaud ou eau oxygénée à froid, casse le chromophore, cette partie de la molécule qui absorbe la lumière : la molécule reste dans la fibre, mais elle ne renvoie plus de couleur. L’ammoniaque très diluée aide sur les colorants acides, qu’elle solubilise, à condition de rincer aussitôt.
Selon la matière
Le verdict change complètement d’une classe de matière à l’autre, et c’est ce que les listes de recettes escamotent. Le solvant qui sauve un coton troue un plexiglas, et celui qui nettoie un évier en inox mate une carrosserie.
Sur une fibre cellulosique — coton, lin, viscose — la situation est la plus favorable du site. La fibre est indifférente aux alcools et aux esters, elle tolère l’alcalin et la chaleur, et sa porosité, qui a laissé entrer l’encre, laisse aussi ressortir la solution vers l’absorbant. L’eau de Javel enlèverait le colorant restant, mais sur un textile de couleur elle laisse une auréole blanche définitive : ce qui est efficace ici détruit ce qu’on voulait garder.
Sur une fibre protéique — laine, soie, cachemire — le raisonnement s’inverse. Les solvants ne menacent pas la fibre elle-même, mais ils dissolvent les colorants et les apprêts qui la couvrent : on risque de retirer la teinture du vêtement en même temps que l’encre. L’eau oxygénée est tolérée à 3 % sur une laine claire, sur essai préalable, jamais sur la soie qu’elle ternit. Sur une pièce de valeur, l’atelier de nettoyage à sec dispose de solvants et d’un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi.
Sur un synthétique thermoplastique, la question n’est plus la tache mais la structure. L’acétone dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, le polystyrène et l’acétate : elle ne les tache pas, elle les troue, les blanchit ou les fissure. L’acétate d’éthyle fait la même chose en un peu plus lent. L’alcool éthylique fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée. L’isopropanol reste le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, ce qui explique qu’il soit le solvant de référence de l’électronique.
| Classe de matière | Ce qui commande le verdict |
|---|---|
| Cellulosique | Rien ne menace la fibre : le seul risque est la teinture, si l’on passe à un oxydant |
| Protéique | Le solvant emporte les colorants et les apprêts avant l’encre |
| Synthétique | L’acétone et les esters fissurent : le dommage est structurel |
| Minéral poreux | L’encre est descendue de plusieurs millimètres ; le solvant l’y suit |
| Minéral vitrifié | Aucune porosité, aucun risque de solvant : la seule limite est la rayure |
| Revêtement | Le solvant dissout le film avant d’atteindre la tache |
| Peau vivante | On attend, on huile, on ne dissout pas |
Sur un minéral poreux — béton, joint de carrelage, pierre, plâtre — la porosité a aspiré l’encre par capillarité, et le solvant qu’on applique l’y accompagne. Un traitement de surface donne l’illusion du résultat puis la tache remonte, parce qu’elle n’a jamais été enlevée mais seulement diluée en profondeur. Sur un minéral vitrifié — verre, émail, inox — la situation est exactement inverse : l’encre reste posée dessus, tous les solvants sont utilisables, et la seule vraie limite est l’abrasif, qui laisse sur le verre et le chrome une rayure définitive.
La classe des revêtements est la plus piégeuse, parce que ce qu’on croit nettoyer n’est pas ce qu’on touche. Un vernis de meuble, un stratifié, un cuir pigmenté, une sérigraphie de tee-shirt sont des films de quelques microns, et un film est toujours plus fragile que son support. L’acétone dissout tout vernis, l’éthanol ternit les vernis à bois et détruit l’oléophobe d’un écran, l’acétate d’éthyle agit comme l’acétone à peine plus lentement. Sur un écran, l’isopropanol dilué à 30 % sur un chiffon est la limite haute — jamais versé, jamais sur un joint.
Sur la peau, enfin, la stratégie change de nature. C’est la seule matière du site qui se répare seule : la couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines, et une encre sur les doigts s’en va d’elle-même. L’acétone dissout le film lipidique de la peau et provoque une dermatite de contact durable, ce qui coûte plus cher que la tache. L’huile alimentaire et un lavage patient sont le bon compromis ; l’éthanol se tolère brièvement sur une petite surface, et jamais sur une peau lésée.
Les erreurs qui la fixent
La première est de mouiller. L’eau ne dissout pas un colorant en solvant, mais elle le transporte : la tache s’étend sans s’éclaircir, et l’on se retrouve avec une surface trois fois plus grande à traiter. C’est le réflexe le plus courant et le plus coûteux, parce qu’il agrandit le problème avant qu’on ait choisi la méthode.
La deuxième est de frotter. Frotter un colorant encore liquide multiplie la surface tachée sans retirer un milligramme de colorant : on répartit, on ne retire pas. Le geste juste est le tamponnement, chiffon replié, en changeant de zone propre à chaque contact pour ne pas remettre en place ce qu’on vient d’ôter.
La troisième est d’appliquer le solvant sans rien dessous. Le solvant est un véhicule : il redonne au colorant la mobilité qu’il avait au moment du dépôt, et il l’emmène où le hasard le porte. Sur un textile posé à plat sur une table, ce hasard est l’épaisseur du tissu ; sur un canapé, c’est la mousse, qui rendra la tache en séchant sous forme d’auréole plus large que l’originale.
La quatrième est de sauter directement à l’eau de Javel. Son oxydation est brutale et non sélective : elle casse le colorant de l’encre, et elle casse aussi celui du support. Sur un vêtement de couleur, elle laisse une tache blanche à la place d’une tache bleue, ce qui n’est pas un progrès mais un échange. Sur la laine, la soie, le cuir et l’élasthanne, elle détruit la fibre en quelques minutes.
Le test qui dit quel solvant essayer
Avant tout produit, une seule question mérite une réponse : cette encre est-elle à l’eau ou à solvant. Le test coûte trente secondes. On humecte un coton-tige d’eau claire et on le presse une seconde sur le bord de la marque, dans un endroit peu visible. Si le coton prend de la couleur, l’encre est hydrosoluble et le traitement se fera à l’eau froide et au tensioactif, sans aucun solvant.
Si le coton reste blanc, on passe à l’escalade, et l’ordre est celui du risque croissant pour le support. Alcool isopropylique d’abord, alcool à 90° ensuite, acétate d’éthyle en troisième, acétone en dernier recours. À chaque étape, on essaie d’abord sur une couture intérieure, un dessous de pièce ou une face cachée, et l’on attend dix minutes avant de conclure : la fissuration d’un plastique sous contrainte ne se voit pas immédiatement.
Une remarque vaut pour les taches anciennes. Un colorant séché depuis des mois s’est resserré contre la fibre, et le solvant a du mal à l’atteindre. La glycérine, appliquée pure une heure avant, réhydrate le dépôt et le rend de nouveau attaquable : ce n’est pas un détachant, c’est un préalable. Elle se rince ensuite à l’eau tiède, avant le solvant.
Pour le cas particulier de l’encre pâteuse de stylo, dont la résine change complètement les priorités, la page dédiée au stylo bille détaille la différence. Les cas de terrain les plus demandés sont traités séparément : encre sur un vêtement, encre sur les mains et marqueur sur du plastique, qui est le plus risqué des trois.
Le croisement, matière par matière
Encre relève de la classe COL — colorants en solvant. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.
Fibre cellulosique M2 porosité forte
Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
- Acétone propanone Dissout le cyanoacrylate — la colle forte —, les résines acryliques, les vernis à ongles et les peintures acryliques fraîches. C’est le solvant le plus efficace de la liste, et le plus dangereux pour le support.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle
Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
- Acétone propanone Dissout le cyanoacrylate — la colle forte —, les résines acryliques, les vernis à ongles et les peintures acryliques fraîches. C’est le solvant le plus efficace de la liste, et le plus dangereux pour le support.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle
Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.
Ce qui agit sans abîmer
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.
Sous condition
- Alcool à brûler ou à 90° Fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée. Bref contact, chiffon à peine humide.
- Alcool isopropylique Le solvant le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies.
Agit, mais détruit
- Dissolvant sans acétone Même famille de solvants, même risque sur les mêmes plastiques, en un peu plus lent.
- Acétone Elle dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène. Elle ne les tache pas : elle les troue, les blanchit ou les fissure.
Minéral poreux M4 porosité forte
Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
- Acétone propanone Dissout le cyanoacrylate — la colle forte —, les résines acryliques, les vernis à ongles et les peintures acryliques fraîches. C’est le solvant le plus efficace de la liste, et le plus dangereux pour le support.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Le cas où l’on passe la main
Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.
Fibre protéique M1 porosité forte
Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
Sous condition
- Acétone Sans danger pour la fibre elle-même, mais elle dissout les colorants et les apprêts.
- Ammoniaque diluée Alcaline. Très diluée, brièvement, rincée aussitôt — et jamais sur la soie, qu’elle ternit.
Agit, mais détruit
- Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
Le cas où l’on passe la main
Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.
Revêtement et film M6 porosité nulle
La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.
Ce qui agit sans abîmer
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.
Sous condition
- Alcool isopropylique Dilué à 30 %, sur chiffon, pour un écran ou un stratifié. Jamais versé, jamais sur un joint.
Agit, mais détruit
- Alcool à brûler ou à 90° Détruit l’oléophobe d’un écran — la couche qui repousse les traces de doigt — et ternit les vernis à bois.
- Dissolvant sans acétone Même effet que l’acétone sur les vernis, à peine plus lent.
- Acétone Dissout tout vernis et toute peinture, y compris celle qu’on essaie de protéger. Sur une carrosserie, elle mate le vernis en quelques secondes.
Peau vivante M7 porosité faible
La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.
Ce qui agit sans abîmer
- Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
- Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
- Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.
Sous condition
- Alcool à brûler ou à 90° Toléré brièvement sur une petite surface. Dessèche, et brûle sur une peau lésée.
Agit, mais détruit
- Acétone Dissout le film lipidique de la peau et provoque une dermatite de contact : dessèchement, fissures, sensibilisation durable.
Le cas où l’on passe la main
Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.
Ce qui aggrave la tache
- Eau froide L’eau ne dissout pas le colorant mais elle le transporte : la tache s’étale sans s’éclaircir.
- Action mécanique Frotter un colorant liquide multiplie la surface tachée par deux ou trois.
Ce qui ne sert à rien
- Vinaigre blanc Rien à attaquer : le colorant n’est ni un carbonate ni un oxyde.
Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.
Sur cette page, ne mélangez jamais
Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)
Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.
Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.
Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux
L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.
Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.
Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone
Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.
Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique
Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.
White-spirit, térébenthine, acétone+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables
Ces solvants ont un point d’éclair bas et leurs vapeurs sont plus lourdes que l’air : elles s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.
La liste complète est sur la page sécurité.
Questions fréquentes
L'eau enlève-t-elle une tache d'encre ?
Seulement si l'encre est à base d'eau, comme un feutre lavable ou une encre de jet d'encre encore fraîche. Sur une encre à solvant, marqueur permanent ou tampon encreur, l'eau ne dissout rien : elle transporte le colorant et élargit la tache. Le test est simple : un coton humide qui ne prend aucune couleur signale une encre à solvant.
Quel alcool utiliser sur une tache d'encre ?
L'alcool à 90° ou l'alcool isopropylique conviennent tous deux, l'isopropylique étant sensiblement moins agressif sur les plastiques et les vernis. Les deux dissolvent les colorants d'encre sans toucher les fibres. Ils s'évaporent vite, ce qui limite la migration de la tache.
Faut-il frotter une tache d'encre ?
Non. Frotter un colorant encore liquide multiplie la surface tachée par deux ou trois sans réduire la quantité de colorant. On tamponne par petites touches, en changeant de zone propre du chiffon à chaque passage.
Pourquoi ma tache d'encre laisse-t-elle une auréole après traitement ?
Le solvant a dissous le colorant et l'a transporté vers les bords de la zone humide, où il s'est redéposé en séchant. La parade est de placer un absorbant sous la matière pour donner au colorant une direction, et de traiter par touches serrées plutôt qu'en versant.
Sources et méthode
- Classification des taches par classe chimique et des matières par tolérance, telle que publiée sur ce site
- Mode d'action des solvants polaires et esters, et règle de polarité « semblable dissout semblable »
Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.