En bref

  • L'encre de stylo bille est un colorant dans un solvant visqueux, alcool benzylique ou phénoxyéthanol, épaissi par des résines : l'alcool la reprend, l'eau non.
  • Le geste juste est l'alcool à 90° ou isopropylique en touches, sur un absorbant placé sous le tissu, jamais versé et jamais frotté.
  • L'eau savonneuse est l'erreur la plus fréquente : elle ne dissout rien et étale la tache sur trois fois sa surface.
  • Sur une matière vernie, stratifiée ou sérigraphiée, l'alcool attaque le film avant l'encre : on ne traite pas le support, on le décape.

L’encre de stylo bille n’est pas un liquide mais une pâte : des colorants dissous dans un solvant visqueux, alcool benzylique ou phénoxyéthanol, et épaissis par des résines pour que la bille dépose sans couler. Cette résine est exactement ce qui rend l’eau inopérante et l’alcool très efficace. C’est le cas le plus net du site où le bon produit coûte deux euros et où le mauvais — l’eau savonneuse — étale la tache sur trois fois sa surface.

Ce que c’est, et pourquoi ça tient

Un stylo bille fonctionne par transfert mécanique. La bille roule dans un réservoir, se charge d’une pellicule d’encre et la dépose au contact du papier. Pour que ce transfert soit régulier, l’encre doit être assez épaisse pour ne pas fuir autour de la bille et assez fluide pour se laisser entraîner. Cet équilibre exige une viscosité élevée, obtenue par des résines dissoutes dans le solvant.

Le solvant, lui, n’est jamais de l’eau. Les encres pâteuses utilisent des solvants organiques à haut point d’ébullition, ce qui leur permet de ne pas sécher dans la pointe entre deux usages. En contrepartie, le colorant qu’ils portent est un colorant liposoluble ou alcoolo-soluble, indifférent à l’eau par construction. Le fabricant n’a pas cherché la résistance au lavage : elle est le produit dérivé d’un choix technique de fluidité.

Ce que la tache devient sur un tissu découle directement de là. La pâte se dépose en surface, la fraction volatile du solvant s’évapore, et il reste un mélange de colorant et de résine plaqué contre les fibres. La résine joue le rôle d’une colle légère : elle maintient le colorant en place et retarde son accès à n’importe quel liquide. Une tache de stylo est donc double, un colorant et un liant, et il faut défaire les deux.

C’est aussi ce qui explique un phénomène familier. Une marque de stylo sur un tee-shirt survit très bien à un lavage complet à quarante degrés, alors qu’une tache de café du même jour part souvent seule. Le tanin du café est hydrosoluble tant qu’il n’a pas séché ; le colorant du stylo ne l’a jamais été.

Ce qui la fait partir

L’alcool est le premier choix, et pour une raison structurelle plutôt que par tradition. L’alcool à 90° et l’alcool isopropylique sont des solvants polaires mais non aqueux : ils dissolvent ce qui refuse l’eau sans être franchement gras, ce qui décrit exactement un colorant d’encre. Leur second avantage est la volatilité — ils s’évaporent avant d’avoir eu le temps de faire migrer la tache loin de son point de départ.

L’ordre des gestes compte plus que le produit choisi. On place plusieurs feuilles de papier absorbant sous la zone tachée, on charge un coton-tige ou l’angle d’un chiffon d’alcool, et l’on presse par touches courtes sur le dessus de la tache. Le colorant redevenu mobile descend vers l’absorbant, qui se colore : c’est le signe que le transfert fonctionne. On change l’absorbant dès qu’il est saturé, sinon il rend ce qu’il a pris.

Le résidu de résine reste après le colorant, sous forme d’un fond gris à peine visible qui accroche la lumière. Un tensioactif — le liquide vaisselle, un tensioactif anionique — l’émulsionne : sa molécule a une extrémité qui s’accroche au corps gras et une autre à l’eau, et elle permet à l’eau d’emporter ce qu’elle ne dissolvait pas. On rince alors à l’eau froide, en abondance, avant de laisser sécher à l’air.

Si une ombre de couleur subsiste sur un textile blanc ou clair, un oxydant achève le travail par un mécanisme différent. Le percarbonate de sodium, dans une eau à plus de quarante degrés, se dissocie en carbonate et en peroxyde d’hydrogène ; le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent au colorant sa couleur. La molécule reste dans la fibre, mais elle ne renvoie plus de lumière colorée. À froid, l’eau oxygénée à 3 % fait la même chose plus lentement.

Une tache ancienne demande une étape supplémentaire. La résine s’est durcie et le colorant s’est resserré contre la fibre, si bien que l’alcool ne l’atteint plus. La glycérine, appliquée pure et laissée une heure, réhydrate le dépôt et le rend de nouveau attaquable — c’est un humectant, pas un détachant, et elle se rince avant le solvant.

Selon la matière

La fibre décide de tout, et la même méthode devient un dégât d’une classe à l’autre. La page des vêtements et tissus détaille l’identification ; ce qui suit décrit le verdict, classe par classe.

Sur une fibre cellulosique — coton, lin, viscose, lyocell — le cas est le plus simple du site. La cellulose est chimiquement indifférente aux alcools, tolère l’alcalin, la chaleur et le brossage, et sa forte porosité laisse la solution redescendre vers l’absorbant. Le seul risque est celui d’un oxydant sur un tissu teint : l’eau oxygénée éclaircit les teintures, et l’essai sur une couture intérieure n’est pas facultatif.

Sur une fibre protéique — laine, soie, cachemire, angora — l’alcool ne menace pas la fibre elle-même mais il attaque ce qui la colore. Les solvants dissolvent les colorants et les apprêts, ce qui peut retirer la teinture du vêtement en même temps que l’encre, avec une zone décolorée pour résultat. L’eau oxygénée reste tolérée à 3 % sur une laine claire, jamais sur la soie, dont elle ternit le brillant. Une chemise en soie ou un cachemire taché part chez le nettoyeur, où le détachage se fait au solvant avec un contrôle de tension du tissu.

Sur un synthétique thermoplastique — polyester, polyamide, acrylique, élasthanne — le point de vigilance se déplace. L’alcool est acceptable en contact bref sur un textile, mais sur les plastiques rigides il fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée. L’acétone et l’acétate d’éthyle sont hors de question sur l’ABS, le plexiglas et l’acétate : ils ne tachent pas ces matières, ils les trouent. Et l’eau de Javel casse l’élasthanne présent dans presque tous les tissus stretch, par fragments.

Classe de matièreVerdict sur une tache de stylo
CellulosiqueAlcool, puis tensioactif, puis oxydant si besoin : le cas favorable
ProtéiqueAlcool possible mais il emporte la teinture ; pièce de valeur au nettoyeur
SynthétiqueAlcool bref accepté sur le textile ; aucun ester sur un plastique rigide
Minéral poreuxLe colorant est descendu dans la porosité ; le solvant l’y suit
Minéral vitrifiéAucune restriction chimique : le seul danger est l’abrasif
RevêtementL’alcool dissout le film avant l’encre : ne pas intervenir
Peau vivanteHuile et lavage patient ; le renouvellement fait le reste

Sur un minéral poreux — plâtre, enduit, béton, joint de ciment, pierre — la porosité a bu la pâte par capillarité. Traiter la surface au solvant chasse le colorant vers l’intérieur au lieu de le sortir, et la tache remonte plus tard, souvent plus large. Sur un mur peint en mat, le problème est différent et pire encore : la peinture mate doit sa profondeur à sa rugosité, et frotter la lisse localement en laissant une auréole brillante plus visible que le trait de stylo. Sur du mat, on repeint la surface entière ou on ne touche pas.

Sur un minéral vitrifié — verre, émail, faïence, inox — l’encre reste posée dessus. Tous les solvants sont utilisables, y compris l’acétone, et le retrait est immédiat. La seule limite est mécanique : aucun abrasif sur le verre, le chrome ni l’inox brossé, où la rayure est définitive et se voit sous toutes les lumières.

La classe des revêtements est celle où il faut savoir s’arrêter. Un cuir pigmenté, un similicuir, un stratifié, un meuble vernis, une sérigraphie de tee-shirt sont des films de quelques microns posés sur un support, et ce film est toujours plus fragile que ce qu’il couvre. L’éthanol ternit les vernis à bois, l’acétone et l’acétate d’éthyle les dissolvent, et un solvant qui atteint l’encre a déjà traversé le film. Un canapé en cuir marqué au stylo relève du réparateur de cuir, qui recolore ; le détachage y échange une trace bleue contre une zone claire irréversible.

Sur la peau, enfin, la bonne réponse est presque toujours l’attente. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines et l’encre s’en va avec elle. L’acétone dissout le film lipidique cutané et provoque une dermatite de contact qui dure plus longtemps que la tache. L’huile alimentaire, puis un lavage au tensioactif, suffisent ; l’éthanol se tolère brièvement sur une petite surface saine.

Les erreurs qui la fixent

L’eau savonneuse en premier geste est la faute dominante, et elle est parfaitement compréhensible : c’est ce qui marche sur presque tout le reste. Ici, l’eau ne dissout ni le colorant ni la résine ; elle mouille la zone et pousse mécaniquement la pâte vers la périphérie du front d’eau. On obtient une tache plus pâle mais beaucoup plus grande, donc plus difficile à traiter que l’originale.

Frotter est la deuxième. Un colorant encore mobile se répartit sous la pression sans se retirer : on multiplie la surface tachée par deux ou trois sans enlever un milligramme de colorant. Le tamponnement, avec un changement de zone propre du chiffon à chaque contact, est le seul geste qui réduit la quantité.

Verser le solvant est la troisième. Une flaque d’alcool sur un tissu crée une auréole nette : le solvant migre vers les bords de la zone humide, y transporte le colorant, et le dépose en séchant sur un anneau qui devient le nouveau problème. On travaille par touches serrées, du centre vers l’extérieur, sur une surface légèrement plus large que la tache.

Le sèche-linge est la quatrième, plus insidieuse. Il ne fixe pas chimiquement un colorant en solvant comme il fixerait une protéine, mais il élimine la fenêtre de travail : après un cycle chaud, le résidu de résine a durci et l’alcool n’y accède plus qu’au prix de plusieurs applications. Une tache de stylo se traite avant le lavage, et l’on vérifie le résultat sur textile encore humide, avant tout séchage.

Le cas du stylo sur un mur et sur un canapé

Ces deux cas dominent les recherches réelles, et ce sont les deux où la méthode textile ne se transpose pas. Sur un mur, le problème n’est pas chimique mais optique : quelle que soit la réussite du retrait, la zone traitée sera plus propre que le reste de la paroi, et cette différence de propreté se lit à trois mètres. Un mur peint en satiné ou en lessivable accepte un coton-tige d’alcool en touches très localisées, à condition de rincer et de ne jamais élargir la zone frottée.

Sur un canapé, le paramètre dominant n’est ni la fibre ni le produit mais le volume de liquide. Une garniture ne se rince pas et ne se vide pas : tout ce qu’on y verse reste dedans, remonte en séchant et rapporte le colorant en surface sous forme d’auréole. On travaille donc à l’humide et jamais au mouillé, on traite une zone plus large que la tache pour noyer la limite, et on sèche par le centre. L’étiquette sous l’assise donne la règle : W autorise l’eau, S impose un solvant, WS accepte les deux, X interdit tout liquide.

Le cas du textile, qui est le plus demandé, est traité pas à pas sur la page enlever du stylo sur un tissu. Pour les autres encres — feutre, marqueur permanent, tampon, imprimante —, dont le véhicule et les priorités diffèrent, la page encre donne le classement complet. Le mode d’action de chaque solvant est détaillé dans le répertoire des agents.

Le croisement, matière par matière

Stylo bille relève de la classe COL — colorants en solvant. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui agit sans abîmer

  • Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
  • Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
  • Acétone propanone Dissout le cyanoacrylate — la colle forte —, les résines acryliques, les vernis à ongles et les peintures acryliques fraîches. C’est le solvant le plus efficace de la liste, et le plus dangereux pour le support.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle

Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.

Ce qui agit sans abîmer

  • Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
  • Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
  • Acétone propanone Dissout le cyanoacrylate — la colle forte —, les résines acryliques, les vernis à ongles et les peintures acryliques fraîches. C’est le solvant le plus efficace de la liste, et le plus dangereux pour le support.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui agit sans abîmer

  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.

Sous condition

  • Alcool à brûler ou à 90° Fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée. Bref contact, chiffon à peine humide.
  • Alcool isopropylique Le solvant le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies.

Agit, mais détruit

  • Dissolvant sans acétone Même famille de solvants, même risque sur les mêmes plastiques, en un peu plus lent.
  • Acétone Elle dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène. Elle ne les tache pas : elle les troue, les blanchit ou les fissure.

Minéral poreux M4 porosité forte

Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.

Ce qui agit sans abîmer

  • Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
  • Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
  • Acétone propanone Dissout le cyanoacrylate — la colle forte —, les résines acryliques, les vernis à ongles et les peintures acryliques fraîches. C’est le solvant le plus efficace de la liste, et le plus dangereux pour le support.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Le cas où l’on passe la main

Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.

Fibre protéique M1 porosité forte

Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui agit sans abîmer

  • Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
  • Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.

Sous condition

  • Acétone Sans danger pour la fibre elle-même, mais elle dissout les colorants et les apprêts.
  • Ammoniaque diluée Alcaline. Très diluée, brièvement, rincée aussitôt — et jamais sur la soie, qu’elle ternit.

Agit, mais détruit

  • Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Revêtement et film M6 porosité nulle

La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui agit sans abîmer

  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.

Sous condition

  • Alcool isopropylique Dilué à 30 %, sur chiffon, pour un écran ou un stratifié. Jamais versé, jamais sur un joint.

Agit, mais détruit

  • Alcool à brûler ou à 90° Détruit l’oléophobe d’un écran — la couche qui repousse les traces de doigt — et ternit les vernis à bois.
  • Dissolvant sans acétone Même effet que l’acétone sur les vernis, à peine plus lent.
  • Acétone Dissout tout vernis et toute peinture, y compris celle qu’on essaie de protéger. Sur une carrosserie, elle mate le vernis en quelques secondes.

Peau vivante M7 porosité faible

La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.

Ce qui agit sans abîmer

  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.
  • Dissolvant sans acétone acétate d’éthyle Même cible que l’acétone, en plus lent. Le compromis se paie en temps de contact, mais il abîme moins les plastiques.
  • Liquide vaisselle tensioactif anionique Émulsionne le gras. La molécule a une extrémité qui s’accroche à l’huile et une autre qui s’accroche à l’eau : elle enrobe la goutte de gras et permet à l’eau de l’emporter.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Ammoniaque diluée hydroxyde d’ammonium Solubilise les protéines et les colorants acides. Sa volatilité est son intérêt : elle s’évapore au lieu de rester dans la fibre.

Sous condition

  • Alcool à brûler ou à 90° Toléré brièvement sur une petite surface. Dessèche, et brûle sur une peau lésée.

Agit, mais détruit

  • Acétone Dissout le film lipidique de la peau et provoque une dermatite de contact : dessèchement, fissures, sensibilisation durable.

Le cas où l’on passe la main

Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.

Ce qui aggrave la tache

  • Eau froide L’eau ne dissout pas le colorant mais elle le transporte : la tache s’étale sans s’éclaircir.
  • Action mécanique Frotter un colorant liquide multiplie la surface tachée par deux ou trois.

Ce qui ne sert à rien

  • Vinaigre blanc Rien à attaquer : le colorant n’est ni un carbonate ni un oxyde.

Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone

    Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

  • White-spirit, térébenthine, acétone+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants ont un point d’éclair bas et leurs vapeurs sont plus lourdes que l’air : elles s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

Quel produit enlève une tache de stylo bille ?

L'alcool à 90° ou l'alcool isopropylique, appliqué en petites touches sur un chiffon ou un coton-tige, avec du papier absorbant placé sous le tissu. Ces alcools ont la même polarité que le solvant de l'encre : ils la remettent en solution. Un tensioactif finit le travail sur les résidus de résine.

Pourquoi l'eau savonneuse ne marche pas sur le stylo ?

Le colorant du stylo n'est pas soluble dans l'eau et la résine qui l'accompagne est conçue pour résister à l'humidité. L'eau ne dissout donc rien : elle mouille la zone et déplace mécaniquement la pâte vers la périphérie, ce qui agrandit la tache.

Le lait ou la laque enlèvent-ils le stylo bille ?

La laque des générations précédentes contenait beaucoup d'alcool, et c'était l'alcool qui agissait, pas la laque. Les formulations actuelles en contiennent moins et ajoutent des polymères filmogènes qui laissent un dépôt collant. L'alcool pur fait le même travail sans le résidu.

Peut-on enlever du stylo sur du cuir de canapé ?

Presque tous les cuirs d'ameublement sont pigmentés, c'est-à-dire recouverts d'une peinture. L'alcool qui dissout l'encre dissout aussi cette finition et laisse une zone claire définitive. Un cuir pigmenté taché de stylo relève du réparateur, pas du détachage.

Sources et méthode

  • Classification des taches par classe chimique et des matières par tolérance, telle que publiée sur ce site
  • Composition usuelle des encres pâteuses : colorants en solvant visqueux et résines épaississantes

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.