En bref

  • La chlorophylle est un pigment à noyau de magnésium, liposoluble : elle ne part pas à l'eau, ce qui la distingue de tous les autres colorants végétaux.
  • Le premier geste juste est l'alcool à 90° ou isopropylique, en touches sur un absorbant placé sous le tissu, avant tout rinçage.
  • Les recettes générales pour taches végétales échouent sur l'herbe parce qu'elles commencent par l'eau froide, qui n'a rien à dissoudre ici.
  • Le tensioactif et l'oxydant viennent après l'alcool, jamais avant : sur un tanin non rincé, un savon alcalin peut fixer la couleur.

L’herbe tache par sa chlorophylle, un pigment à noyau de magnésium qui porte une longue chaîne grasse et se comporte donc comme un corps gras plutôt que comme un colorant hydrosoluble. C’est l’exception de sa classe : là où le vin, le café ou les fruits rouges demandent de l’eau froide puis un oxydant, l’herbe demande de l’alcool en premier geste. Cette particularité explique pourquoi les recettes générales pour taches végétales échouent régulièrement sur elle.

Ce que c’est, et pourquoi ça tient

Une molécule de chlorophylle est construite en deux parties très dissemblables. La première est un grand cycle plat, la porphyrine, qui enferme un atome de magnésium en son centre : c’est cette structure qui absorbe le rouge et le bleu de la lumière et renvoie le vert. La seconde est une chaîne hydrocarbonée longue, le phytol, qui n’a aucune fonction optique et sert d’ancrage dans les membranes de la plante.

Cette chaîne décide de tout. Elle est apolaire, c’est-à-dire indifférente à l’eau, et elle est assez longue pour dominer le comportement de la molécule entière. La chlorophylle est donc liposoluble : elle se dissout dans une huile, dans un alcool, dans un solvant organique, et pas dans l’eau. Un rinçage à grande eau, qui suffirait sur un jus de fruit, ne la déplace pas d’un millimètre.

L’herbe n’apporte pas que de la chlorophylle. La sève contient des sucres, des protéines végétales et des caroténoïdes, ces pigments jaune-orange qui apparaissent quand le vert s’en va. Un impact d’herbe sur un genou de pantalon est donc composite : une part hydrosoluble, que l’eau emporte, et une part grasse et colorée, qui reste. C’est ce mélange qui donne l’impression d’une tache qui s’éclaircit sans jamais disparaître.

La fixation, elle, suit le mécanisme commun aux tanins. En séchant, les pigments s’oxydent et se lient aux fibres, et la chlorophylle perd son magnésium pour se dégrader en composés bruns. La tache verte devient une tache olive puis brunâtre, et l’on ne l’enlève plus : on casse le chromophore, la partie de la molécule qui absorbe la lumière visible. La molécule reste dans la fibre, mais elle ne renvoie plus de couleur.

Ce qui la fait partir

L’alcool en premier, et c’est le seul point où cette page contredit toutes les autres de sa classe. L’alcool à 90° et l’alcool isopropylique sont des solvants polaires mais non aqueux : ils dissolvent ce qui refuse l’eau sans être franchement gras, ce qui décrit exactement la chlorophylle. Leur volatilité est un second avantage, puisqu’ils s’évaporent avant d’avoir eu le temps de faire migrer le pigment loin de son point de départ.

Le geste suit la logique des colorants en solvant plus que celle des tanins. On empile du papier absorbant sous la zone tachée, on charge un coton-tige ou l’angle d’un chiffon d’alcool, et l’on presse par touches courtes sur le dessus. Le vert redevenu mobile descend vers l’absorbant, qui se colore : c’est le signe que le transfert fonctionne. On change l’absorbant dès qu’il est saturé, sous peine qu’il rende ce qu’il a pris.

Le tensioactif vient ensuite, et son rôle est double. Il emporte les sucres et les protéines de sève que l’alcool n’a pas touchés, et il émulsionne la fraction la plus grasse du pigment : sa molécule a une extrémité qui s’accroche au corps gras et une autre à l’eau. Une réserve importante s’impose toutefois — sur un tanin non rincé, un savon alcalin peut fixer la couleur. Le tensioactif passe donc après l’alcool et après un rinçage, jamais en ouverture.

L’oxydant ferme la séquence quand une ombre subsiste. Le percarbonate de sodium, dans une eau à plus de quarante degrés, se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène, et le peroxyde casse les doubles liaisons du chromophore. En dessous de quarante degrés il ne libère presque rien, ce qui explique l’essentiel des échecs qu’on lui reproche. À froid, sur une fibre qui refuse la chaleur, l’eau oxygénée à 3 % fait le même travail plus lentement et sans résidu.

Sur une tache ancienne, la glycérine précède tout. Appliquée pure et laissée une heure, elle réhydrate les pigments oxydés et les rend de nouveau attaquables : c’est un humectant, pas un détachant, et elle se rince à l’eau tiède avant l’alcool. Le mode d’action détaillé de chacun de ces produits figure dans le répertoire des agents.

Selon la matière

L’herbe pose une question particulière à chaque classe de matière : la matière tolère-t-elle un alcool. Ce n’est pas la question habituelle des colorants végétaux, et elle déplace les verdicts. Les tests d’identification des fibres figurent sur la page vêtement et tissu.

Sur une fibre cellulosique — coton, lin, viscose, lyocell — la voie complète est ouverte. La cellulose est chimiquement indifférente aux alcools, tolère l’alcalin, la chaleur et le brossage, et sa porosité laisse la solution redescendre vers l’absorbant. C’est la classe où se trouvent la plupart des vraies taches d’herbe, puisque le jean, la toile de pantalon et le tee-shirt en font partie. Le seul arbitrage concerne la teinture : les solvants dissolvent certains colorants, l’eau oxygénée éclaircit les couleurs, et l’essai sur l’ourlet intérieur n’est pas facultatif sur un indigo.

Sur une fibre protéique — laine, soie, cachemire — l’alcool ne menace pas la fibre elle-même mais ce qui la colore. Les solvants dissolvent les colorants et les apprêts, ce qui peut retirer la teinture en même temps que le vert. La chaleur et l’alcalin, eux, sont exclus : l’eau au-delà de trente degrés fait feutrer et rétrécir la laine sans retour, et le percarbonate agit comme les cristaux de soude, qui lui font perdre son élasticité irréversiblement. Il reste l’alcool prudent, l’eau froide, et l’eau oxygénée à 3 % sur une laine claire après essai. Sur la soie, rien : le peroxyde ternit son brillant, et une pièce de valeur part au nettoyage à sec.

Sur un synthétique thermoplastique — polyester, polyamide, acrylique, élasthanne — l’alcool bref est acceptable sur le textile, et le percarbonate à quarante ou cinquante degrés fait le reste. Deux limites nettes s’imposent. Le fer et le sèche-linge sont exclus, puisque le polyester se rétracte dès cent vingt degrés et que l’élasthanne perd son élasticité dès soixante, en laissant une marque lustrée définitive. Et l’eau de Javel casse par fragments l’élasthanne présent dans presque tous les tissus stretch, y compris ceux qui s’annoncent en coton.

Classe de matièreCe qui décide sur une tache d’herbe
CellulosiqueAlcool puis tensioactif puis oxydant : le cas courant et le plus favorable
ProtéiqueAlcool possible mais il emporte la teinture ; ni chaleur, ni alcalin
SynthétiqueAlcool bref accepté ; aucun fer, aucune javel
Minéral poreuxLe pigment gras est descendu dans la porosité : absorbant, pas de liquide
Minéral vitrifiéRien ne pénètre : l’alcool essuie tout, sans restriction
RevêtementL’alcool ternit les vernis et détruit les films avant d’atteindre le vert
Peau vivanteColoration sans gravité, qui part à l’eau savonneuse

Sur un minéral poreux — béton, joint de carrelage, pierre, terre cuite, plâtre — la chlorophylle se comporte comme une tache grasse et descend par capillarité. Un liquide appliqué en surface l’accompagne vers le bas au lieu de la sortir. Le geste qui gagne du terrain est l’absorbant sec, terre de Sommières ou argile, posé en épaisseur et laissé plusieurs heures : il tire le gras vers le haut. Sur les carbonates de cette classe — marbre, pierre calcaire, travertin, joint de ciment — aucun acide n’est utilisable, puisqu’il dissoudrait la matière elle-même en laissant une zone mate et gravée.

Sur un minéral vitrifié — verre, émail, faïence, inox, grès cérame — l’herbe est un non-sujet. Rien ne pénètre, l’alcool essuie l’ensemble, et aucun solvant n’est interdit. Les deux seules limites sont l’abrasif, qui laisse sur le verre, le chrome et l’inox brossé une rayure définitive, et l’eau de Javel sur l’inox, dont les chlorures percent la couche passive et creusent des points de rouille.

La classe des revêtements est celle où l’alcool devient le danger. Il ternit les vernis à bois et détruit l’oléophobe d’un écran, cette couche de quelques nanomètres qui repousse les traces de doigt. Un stratifié, un cuir pigmenté, une sérigraphie de tee-shirt sont des films de quelques microns, toujours plus fragiles que leur support, et un solvant qui atteint le pigment a déjà traversé le film. Sur un cuir pigmenté de canapé, une trace d’herbe relève du réparateur, qui recolore.

Sur la peau, il n’y a pas de sujet. Les mains vertes d’une après-midi de jardinage sont une coloration de la couche cornée, qui se renouvelle en deux à quatre semaines, et l’eau savonneuse en enlève l’essentiel. L’huile alimentaire aide, puisque le pigment y est soluble, et elle est le premier choix sur la peau parce qu’elle est sans risque. L’acétone, elle, dissout le film lipidique cutané et provoque une dermatite de contact qui dure plus longtemps que la couleur.

Les erreurs qui la fixent

Commencer par l’eau froide est l’erreur propre à cette substance, et elle est involontaire : c’est la bonne instruction pour tous les autres colorants végétaux. Ici, l’eau n’a rien à dissoudre. Elle emporte la sève, éclaircit un peu, et donne l’impression que la tache résiste, ce qui conduit à monter en agressivité alors qu’il suffisait de changer de famille de produit.

Savonner en premier est la deuxième. Sur un tanin non rincé, le tensioactif alcalin peut fixer la couleur, et un pH élevé fonce la plupart des tanins. Les cristaux de soude, à pH 11, aggravent franchement : ils font virer la tache au brun, et un brun se décolore moins bien qu’un vert. Le savon a sa place, mais après.

La chaleur sèche est l’irréversible. Un passage au fer ou un cycle de sèche-linge achève l’oxydation des pigments et rend le brunissement permanent : la molécule atteint un état stable, et il n’y a plus de chromophore fragile à casser. Un pantalon taché se vérifie humide, à la lumière du jour, avant tout séchage machine.

Frotter est la quatrième, et elle se commet dans les premières secondes. Un pigment gras se répartit sous la pression sans se retirer : on enfonce la chlorophylle dans la trame et l’on double la surface verte. Le tamponnement, chiffon replié, avec changement de zone propre à chaque contact, est le seul geste qui réduit la quantité.

Pourquoi l’herbe est classée avec les tanins

Le rangement peut surprendre puisque le comportement est celui d’un corps gras, et il vaut la peine de l’expliquer. L’herbe est classée avec les colorants végétaux parce que sa fin de parcours est celle des tanins : après le retrait de la fraction soluble dans l’alcool, ce qui reste est un pigment végétal oxydé, lié à la fibre, et qui ne s’enlève plus mais se décolore. L’oxydant est donc le dernier mot, comme pour le café ou le vin.

Ce qui change n’est pas la classe, c’est le premier geste. Et c’est un point général de la méthode : une classe de tache donne le mécanisme dominant, pas la totalité du comportement. Certaines substances portent une particularité qui déplace l’ordre des opérations sans changer leur nature, et l’herbe est le cas le plus net du site. Le froid sur le chewing-gum et la photosensibilité du curcuma en sont d’autres.

La conséquence pratique tient en une phrase. Sur une tache verte de jardin, on n’applique pas la recette générale des taches végétales : on attaque au solvant, on rince, on savonne, on décolore. L’ordre inverse, qui est celui des recettes courantes, laisse un fond de vert que rien ne semble atteindre — et il n’est pas atteint, en effet, parce qu’aucun des produits utilisés n’était capable de le dissoudre.

Pour comparer avec un tanin ordinaire, dont le premier geste est bien l’eau froide, la page café suit le raisonnement classique de la classe. Le mode d’action de chaque agent, alcools compris, est détaillé dans le répertoire des agents du site.

Le croisement, matière par matière

Herbe relève de la classe TAN — tanins et colorants végétaux. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.

Fibre cellulosique M2 porosité forte

Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.

Ce qui agit sans abîmer

  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.

Sous condition

  • Eau froide Sur le bois brut, l’eau gonfle la fibre et lève le grain. Travailler humide, jamais mouillé.
  • Eau oxygénée Éclaircit les teintures. Essai sur couture intérieure.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle

Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle

Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

  • Alcool à brûler ou à 90° Fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée. Bref contact, chiffon à peine humide.
  • Alcool isopropylique Le solvant le plus sûr de la famille sur les plastiques techniques, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Minéral poreux M4 porosité forte

Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.

Sous condition

Rien de conditionnel ici.

Agit, mais détruit

  • Acide citrique Même réaction, un peu plus lente. Le pouvoir chélatant n’y change rien.

Le cas où l’on passe la main

Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.

Fibre protéique M1 porosité forte

Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Alcool à brûler ou à 90° éthanol Solvant polaire : il dissout ce qui refuse l’eau sans être franchement gras — colorants d’encre, résines de gomme laque, feutre à alcool. Il s’évapore vite, donc il n’a pas le temps de migrer loin.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.

Sous condition

  • Eau oxygénée Toléré à 3 % sur la laine claire, sur essai préalable. Sur la soie, il ternit le brillant.

Agit, mais détruit

  • Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
  • Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.

Le cas où l’on passe la main

Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.

Revêtement et film M6 porosité nulle

La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.

Sous condition

  • Alcool isopropylique Dilué à 30 %, sur chiffon, pour un écran ou un stratifié. Jamais versé, jamais sur un joint.

Agit, mais détruit

  • Alcool à brûler ou à 90° Détruit l’oléophobe d’un écran — la couche qui repousse les traces de doigt — et ternit les vernis à bois.

Peau vivante M7 porosité faible

La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.

Ce qui agit sans abîmer

  • Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
  • Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
  • Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
  • Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
  • Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
  • Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
  • Alcool isopropylique propan-2-ol Même famille que l’éthanol, un peu plus dégraissant, et notablement moins agressif que l’acétone sur les plastiques. C’est le solvant de référence de l’électronique.

Sous condition

  • Alcool à brûler ou à 90° Toléré brièvement sur une petite surface. Dessèche, et brûle sur une peau lésée.

Agit, mais détruit

Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.

Le cas où l’on passe la main

Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.

Ce qui aggrave la tache

  • Cristaux de soude Un pH élevé fonce la plupart des tanins : la tache vire au brun et devient plus difficile.
  • Liquide vaisselle Sur une tache de tanin non rincée, le savon alcalin peut fixer la couleur. Rincer avant de savonner.
  • Chaleur sèche Le séchage achève l’oxydation et rend le brunissement permanent.

Ce qui ne sert à rien

  • White-spirit Un tanin est hydrosoluble : un solvant apolaire n’y accède pas.
  • Bicarbonate de sodium Ni oxydant ni solvant du chromophore. Il absorbe l’humidité, rien de plus.

Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique

    Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.

  • Soude caustique ou cristaux de soude+Aluminium→ dihydrogène

    L’aluminium est amphotère : il réagit avec les bases fortes. Le dégagement d’hydrogène est vif, inflammable, et dans un récipient fermé il monte en pression. La casserole en alu, elle, est perdue.

  • White-spirit, térébenthine, acétone+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants ont un point d’éclair bas et leurs vapeurs sont plus lourdes que l’air : elles s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

Pourquoi l'eau ne suffit pas sur une tache d'herbe ?

La chlorophylle porte une longue chaîne grasse qui la rend liposoluble, donc indifférente à l'eau. Un rinçage emporte la sève et les sucres qui l'accompagnent, mais laisse le vert en place. Il faut un solvant polaire non aqueux, l'alcool à 90° ou l'alcool isopropylique, pour la remettre en solution.

Quel produit enlève une tache d'herbe sur un jean ?

L'alcool à 90° ou l'alcool isopropylique, tamponné par petites touches avec du papier absorbant sous le tissu. On rince ensuite à l'eau froide, puis on lave normalement au tensioactif. Sur un jean teint à l'indigo, on essaie d'abord sur l'ourlet intérieur, car les solvants dissolvent aussi certains colorants.

Faut-il frotter une tache d'herbe ?

Non, frotter enfonce le pigment dans la trame et élargit la zone verte. Le geste juste est le tamponnement, chiffon replié, en changeant de zone propre à chaque contact pour ne pas remettre en place ce qu'on vient de retirer.

Une tache d'herbe ancienne part-elle encore ?

Elle part moins bien mais elle part souvent. La chlorophylle se dégrade en pigments bruns en vieillissant, ce qui change la couleur sans faciliter le retrait. On réhydrate à la glycérine une heure, on rince, puis on enchaîne alcool, tensioactif et oxydant selon la fibre.

Sources et méthode

  • Classification des taches par classe chimique et des matières par tolérance, telle que publiée sur ce site
  • Structure et solubilité de la chlorophylle : cycle porphyrine à magnésium, chaîne phytol lipophile

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.