En bref
- Les fruits rouges tachent par leurs anthocyanes, des pigments dont la couleur dépend du pH : rouges en acide, violets en neutre, bleu-vert en alcalin.
- Le virage au bleu-gris après savonnage n'est pas une aggravation : c'est le pH du savon qui change la couleur du même pigment.
- Le premier geste est un rinçage abondant à l'eau froide par l'envers, avant tout produit — jamais de savon en premier.
- La chaleur sèche est l'erreur irréversible : elle achève l'oxydation et fixe un brunissement définitif.
Les fruits rouges tachent par leurs anthocyanes, des pigments végétaux dont la couleur dépend directement de l’acidité du milieu où ils se trouvent. Le premier geste est un rinçage abondant à l’eau froide, par l’envers du tissu, avant tout produit. Et si la tache vire au bleu-gris quand on la savonne, ce n’est pas qu’elle empire : c’est le pH du savon qui change la couleur du même pigment, et c’est réversible.
Ce que c’est, et pourquoi ça tient
Une anthocyane est une molécule de la famille des flavonoïdes, construite autour d’un squelette dont la forme change avec l’acidité. En milieu acide, la molécule adopte une configuration qui absorbe le vert et renvoie le rouge. En milieu neutre, elle se réarrange et renvoie le violet. En milieu alcalin, elle se réarrange encore et renvoie le bleu, puis le vert-jaune quand le pH monte davantage. C’est la même molécule à chaque fois, dans quatre états différents.
Ce comportement porte un nom, l’halochromie, et il explique la palette entière des fruits rouges. La myrtille, la mûre, le cassis, la framboise, la cerise, la fraise, la grenade contiennent les mêmes familles d’anthocyanes en proportions différentes, dans des jus dont l’acidité varie. Une même molécule donne le rouge de la framboise et le noir-violet du cassis, parce que le pH du fruit n’est pas le même.
Sur un textile, le jus arrive avec son eau, son sucre et son acide. L’eau s’évapore, le sucre reste et colle, et le pigment se lie aux fibres. Tant que la tache est humide, l’anthocyane est encore soluble dans l’eau et un rinçage l’emporte. En séchant, elle s’oxyde : les liaisons de sa structure se réorganisent, la molécule devient plus grande, moins soluble, et s’accroche à la fibre par des liaisons faibles mais nombreuses. La tache passe alors du rouge vif au brun terne.
À partir de ce stade, on ne l’enlève plus, on la décolore. C’est la caractéristique de toute la classe des tanins et colorants végétaux : on casse le chromophore, la partie de la molécule qui absorbe la lumière visible. La molécule reste dans la fibre, mais elle ne renvoie plus de couleur, et le résultat visuel est identique à un retrait.
Ce qui la fait partir
L’eau froide, en abondance, immédiatement. C’est le seul geste dont le rendement dépasse tous les produits, parce qu’il travaille sur la fraction encore soluble du pigment — celle qui disparaîtra dans les minutes suivantes. On rince par l’envers du tissu, de façon à pousser le pigment vers l’extérieur au lieu de le traverser une deuxième fois. Le sel et le vin blanc, qui circulent comme remèdes, ne font que diluer, et l’eau le fait mieux.
Vient ensuite le choix de la voie chimique, et il dépend de l’âge de la tache. Sur une tache fraîche déjà rincée, l’acide citrique est le bon second geste : il ramène le milieu en acide, ce qui ramène le pigment vers le rouge, et son pouvoir séquestrant enferme les ions métalliques qui participent à la fixation. Sur une tache déjà sèche, il faut d’abord réhydrater à la glycérine, un humectant qui rend le dépôt de nouveau attaquable, puis rincer.
L’oxydation est l’étape qui fait vraiment disparaître la couleur. Le percarbonate de sodium, dans une eau à plus de quarante degrés, se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène, et c’est le peroxyde qui casse les doubles liaisons du chromophore. En dessous de quarante degrés, il ne libère presque rien et ne sert à rien : c’est la principale cause d’échec dans son usage. À froid, l’eau oxygénée à 3 % fait le même travail plus lentement, et sans laisser de résidu puisqu’elle se décompose en eau et en oxygène.
Le tensioactif intervient en dernier, jamais en premier. Sur une tache de tanin non rincée, un savon alcalin peut fixer la couleur, et il la fait de toute façon virer. Une fois le rinçage fait et l’oxydant passé, le liquide vaisselle emporte les sucres et les résidus qui restent — c’est son rôle utile, et il est modeste.
Selon la matière
La fibre décide de la température admissible, de l’oxydant admissible et du pH admissible, c’est-à-dire des trois leviers du traitement. Le tableau des matières d’un textile donne les tests d’identification ; ce qui suit donne le verdict.
Sur une fibre cellulosique — coton, lin, viscose, lyocell — tout est ouvert. La fibre tolère l’eau chaude, l’alcalin et le brossage, ce qui permet le percarbonate à sa vraie température d’action. Le seul arbitrage porte sur la teinture : l’eau oxygénée éclaircit les couleurs, et l’eau de Javel, tolérée sur le coton blanc, laisse sur une couleur une auréole blanche définitive. Sur un tissu teint, on essaie sur une couture intérieure et l’on s’en tient au percarbonate.
Sur une fibre protéique — laine, soie, cachemire — la classe la plus étroite du site, presque tout se referme. L’eau au-delà de trente degrés ouvre les écailles de la laine, qui s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour. Le percarbonate est alcalin, donc exclu par le même mécanisme que les cristaux de soude, qui font perdre à la laine son élasticité irréversiblement. Il reste l’eau froide, l’eau oxygénée à 3 % sur une laine claire et sur essai, et rien sur la soie, que le peroxyde ternit. Une pièce de valeur part chez le nettoyeur.
Sur un synthétique thermoplastique — polyester, polyamide, acrylique, élasthanne — la chimie passe mais la chaleur mord. Le polyester se rétracte dès cent vingt degrés et l’élasthanne perd son élasticité dès soixante : le fer laisse une marque lustrée définitive, et le sèche-linge est un fer lent. L’eau de Javel casse l’élasthanne présent dans presque tous les tissus stretch, par fragments. Le percarbonate à quarante ou cinquante degrés reste utilisable, et c’est la bonne voie.
| Classe de matière | Ce que la tache de fruits rouges devient |
|---|---|
| Cellulosique | Percarbonate à chaud : le cas favorable, seul risque la teinture |
| Protéique | Eau froide seulement ; oxydant à 3 % sur laine claire, rien sur la soie |
| Synthétique | Oxydant à 40-50 °C accepté ; jamais de fer, jamais de javel |
| Minéral poreux | Le jus est descendu dans la porosité : cataplasme, ou rien |
| Minéral vitrifié | Aucune porosité : la tache s’essuie, y compris tard |
| Revêtement | La couleur peut migrer dans le film ; le solvant emporterait le film |
| Peau vivante | Coloration superficielle, sans conséquence, qui part au renouvellement |
Sur un minéral poreux — béton, joint de carrelage, pierre calcaire, marbre, terre cuite, plâtre — le jus a été aspiré par capillarité et descend de plusieurs millimètres. Un traitement de surface donne l’illusion du résultat, puis la tache remonte. Le piège propre à cette classe est double : la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc l’acide citrique qu’on utiliserait volontiers grave la pierre en laissant une zone mate et rugueuse, et l’abrasif ouvre la porosité en rendant la surface plus salissante qu’avant. Sur du marbre ou une pierre calcaire tachée en profondeur, le reponçage est un métier.
Sur un minéral vitrifié — verre, émail, faïence, inox, grès cérame — la tache reste posée dessus et s’essuie, même plusieurs jours après. Rien ne pénètre, donc rien ne fixe. La seule vigilance porte sur l’abrasif, définitif sur le verre et le chrome, et sur l’eau de Javel, dont les chlorures piquent l’acier inoxydable en creusant des points de rouille.
La classe des revêtements demande plus de retenue qu’il n’y paraît. Un stratifié de plan de travail, un cuir pigmenté de canapé, un plastique de réfrigérateur peuvent se colorer en surface parce que le pigment migre dans le film, et cette coloration ne s’enlève pas par le dessus : elle est dans la matière du film. L’oxydation douce à l’eau oxygénée, sur un chiffon et par contacts courts, est le maximum raisonnable. Les solvants qui viendraient à bout du pigment dissoudraient le film lui-même.
Sur la peau, le sujet est sans gravité. Les doigts violets du cueilleur de mûres sont une coloration de la couche cornée, qui se renouvelle en deux à quatre semaines, et un lavage au tensioactif en enlève l’essentiel. Aucun solvant ne se justifie : l’acétone dissout le film lipidique cutané et provoque une dermatite qui dure plus longtemps que la couleur.
Les erreurs qui la fixent
La chaleur sèche est l’erreur irréversible. Un passage au fer ou au sèche-linge achève l’oxydation du pigment et rend le brunissement permanent : la molécule s’est réorganisée en un état stable et il n’y a plus de chromophore fragile à casser. Un vêtement taché ne va au sèche-linge qu’après vérification du résultat, sur textile encore humide et à la lumière du jour.
Savonner avant de rincer est la deuxième, et c’est celle que la couleur trahit. Le pH élevé d’un savon fait virer l’anthocyane au bleu-gris, ce qui donne l’impression d’avoir aggravé les choses, et sur un tanin non rincé le tensioactif alcalin peut fixer la couleur. La conséquence pratique est simple : le rinçage à l’eau claire passe toujours avant le produit, quel qu’il soit.
Monter le pH volontairement est la troisième. Les cristaux de soude, à pH 11, foncent la plupart des tanins et font virer la tache au brun, qui est plus difficile à décolorer que le rouge d’origine. C’est un cas où le produit le plus puissant du placard travaille contre l’objectif.
Enfin, croire que le bicarbonate de sodium fait quelque chose. Il n’est ni oxydant ni solvant du chromophore : il absorbe l’humidité et tamponne légèrement le pH, rien de plus. Son abrasion est de 2,5 sur l’échelle de Mohs, moins dure qu’un ongle, ce qui suffit à ne rien enlever sur une fibre et à ouvrir la porosité d’une pierre.
Le virage au bleu, et comment le lire
Ce phénomène mérite d’être compris parce qu’il est vérifiable à l’œil et parce qu’il change la conduite à tenir. Une tache de mûre rouge-violet qui devient bleu-gris sous le savon n’a pas changé de nature : elle a changé de pH. Le pigment est toujours là, dans le même état de solubilité, et il est toujours attaquable par le même oxydant. La panique que provoque ce virage pousse pourtant à multiplier les produits, ce qui aggrave réellement la situation.
La conduite juste est de revenir en arrière. On rince abondamment à l’eau froide pour évacuer l’alcalin, et la teinte remonte vers le violet, puis vers le rouge si l’on ajoute un peu d’acide citrique. On dispose alors d’une tache dans son état d’origine, et l’on peut choisir l’oxydant selon la fibre. Le détour n’aura rien coûté d’autre que du temps.
Ce test fonctionne aussi dans l’autre sens, et il permet une identification. Sur une tache de couleur inconnue, une goutte de vinaigre blanc ou d’acide citrique posée sur un bord discret dit beaucoup : si la teinte se déplace vers le rouge, il s’agit d’une anthocyane, donc de fruits rouges, de vin ou de betterave. Si elle ne bouge pas du tout, on est devant un tanin brun — café ou thé — ou devant tout autre chose.
Le cas de terrain le plus demandé est traité pas à pas sur la page fruits rouges sur un vêtement. Pour le vin, qui associe les mêmes anthocyanes à des tanins condensés et à de l’alcool, les priorités diffèrent sur un point important : l’alcool fait pénétrer le pigment plus vite et plus profond.
Le croisement, matière par matière
Fruits rouges relève de la classe TAN — tanins et colorants végétaux. Le tableau ci-dessous donne, pour chacune des sept classes de matières du site, ce qui agit et ce qui détruit. Il est calculé, pas rédigé : il ne peut donc pas contredire les pages de couple.
Fibre cellulosique M2 porosité forte
Des chaînes de glucose liées entre elles. Elles tolèrent l’alcalin, la chaleur et le brossage, ce qui en fait la matière la plus permissive du site. Elles sont en revanche très poreuses : la tache pénètre vite et profond.
Ce qui agit sans abîmer
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
- Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
Sous condition
- Eau froide Sur le bois brut, l’eau gonfle la fibre et lève le grain. Travailler humide, jamais mouillé.
- Eau oxygénée Éclaircit les teintures. Essai sur couture intérieure.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Minéral vitrifié et métal M5 porosité nulle
Aucune porosité : la tache reste posée dessus, ce qui autorise des solvants et des acides interdits ailleurs. La vulnérabilité se déplace vers deux autres choses — la rayure, définitive sur le verre et le chrome, et la corrosion électrochimique des métaux.
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
- Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
- Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Synthétique thermoplastique M3 porosité nulle
Des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres quand on les chauffe. D’où deux faiblesses propres : la fusion, dès 60 à 120 °C selon le plastique, et l’attaque par les solvants, qui s’insinuent entre les chaînes et font perdre sa cohésion à la matière.
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
- Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
- Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Minéral poreux M4 porosité forte
Un réseau de pores ouverts qui aspire tout liquide par capillarité : une tache grasse y descend de plusieurs millimètres. Et la moitié de ces matières est faite de carbonate de calcium, donc soluble dans le moindre acide — y compris le liant du ciment.
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
- Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
- Acide citrique Même réaction, un peu plus lente. Le pouvoir chélatant n’y change rien.
Le cas où l’on passe la main
Marbre gravé, pierre tachée en profondeur, dalle ancienne : le reponçage et le cataplasme de reprise sont des métiers. Un essai maison sur une pierre calcaire tachée finit presque toujours par une auréole plus large.
Fibre protéique M1 porosité forte
Sa fibre est faite des mêmes protéines que la tache : kératine pour la laine, fibroïne pour la soie, collagène pour le cuir. Tout ce qui détruit une protéine détruit donc la matière. C’est la classe la plus étroite du site.
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
- Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
- Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
Sous condition
- Eau oxygénée Toléré à 3 % sur la laine claire, sur essai préalable. Sur la soie, il ternit le brillant.
Agit, mais détruit
- Percarbonate de sodium Il se dissocie en carbonate de sodium, qui feutre la laine irréversiblement, et il ne libère son oxygène qu’à partir de 40 °C — soit dix degrés au-dessus de ce que la fibre supporte. Deux raisons distinctes, même conclusion.
- Eau chaude Au-delà de 30 °C, les écailles de la laine s’ouvrent et s’accrochent entre elles : le vêtement feutre et rétrécit sans retour.
Le cas où l’on passe la main
Soie, cachemire, daim, cuir teinté et tapis anciens : le détachage à sec en atelier utilise des solvants et un contrôle de tension qu’on n’a pas chez soi. Une tache localisée sur une pièce de valeur part chez le nettoyeur, pas dans l’évier.
Revêtement et film M6 porosité nulle
La classe la plus piégeuse. Ce qu’on voit n’est pas le matériau mais une couche de quelques microns posée dessus, et cette couche est TOUJOURS plus fragile que son support. Un solvant qui laisse le métal ou le bois intact dissout le film qui les couvre.
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
- Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
- Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Peau vivante M7 porosité faible
La seule matière du site qui se répare toute seule. C’est ce qui change entièrement la stratégie : on ne cherche pas le retrait rapide mais le retrait sans lésion, et attendre est presque toujours la meilleure option. La couche cornée se renouvelle en deux à quatre semaines.
Ce qui agit sans abîmer
- Eau froide Dilue et emporte ce qui est encore soluble. Son intérêt est négatif : elle n’apporte pas l’énergie thermique qui ferait coaguler une protéine ou cuire un sucre.
- Percarbonate de sodium oxygène actif Dans l’eau chaude, il se dissocie en carbonate de sodium et en peroxyde d’hydrogène. Le peroxyde casse les doubles liaisons qui donnent sa couleur au colorant : la molécule reste, mais elle ne renvoie plus de couleur.
- Eau oxygénée peroxyde d’hydrogène, 3 % soit 10 volumes Même oxydation que le percarbonate, à froid et plus lentement. Se décompose en eau et en oxygène, ce qui ne laisse aucun résidu à rincer.
- Acide citrique Dissout le carbonate comme le vinaigre, et il séquestre en plus le calcium et le fer : sa molécule les enferme dans un complexe soluble. C’est ce double effet qui le rend plus efficace que le vinaigre sur un dépôt ancien.
- Glycérine Humectant : elle réhydrate un colorant séché et le rend de nouveau attaquable. C’est le préalable des taches anciennes de tanin, pas un détachant.
- Eau chaude Abaisse la viscosité des corps gras et multiplie la vitesse de toute réaction chimique. Une règle d’ordre de grandeur en chimie : dix degrés de plus doublent à peu près la vitesse.
Sous condition
Rien de conditionnel ici.
Agit, mais détruit
Aucun agent efficace n’est destructeur pour cette matière. C’est rare, et c’est une bonne nouvelle.
Le cas où l’on passe la main
Paupière, lèvre, œil ou surface étendue collés : service d’urgences, sans rien tenter. Un décollement forcé de la paupière arrache la cornée.
Ce qui aggrave la tache
- Cristaux de soude Un pH élevé fonce la plupart des tanins : la tache vire au brun et devient plus difficile.
- Liquide vaisselle Sur une tache de tanin non rincée, le savon alcalin peut fixer la couleur. Rincer avant de savonner.
- Chaleur sèche Le séchage achève l’oxydation et rend le brunissement permanent.
Ce qui ne sert à rien
- White-spirit Un tanin est hydrosoluble : un solvant apolaire n’y accède pas.
- Bicarbonate de sodium Ni oxydant ni solvant du chromophore. Il absorbe l’humidité, rien de plus.
Ces trois colonnes sont calculées à partir de la classification publiée sur la page méthode. Elles ne sont pas rédigées page par page : c’est ce qui garantit qu’aucune page du site ne contredit une autre.
Sur cette page, ne mélangez jamais
Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)
Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.
Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.
Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux
L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.
Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.
Eau oxygénée+Vinaigre blanc→ acide peracétique
Corrosif pour la peau, les yeux et les voies respiratoires, bien au-delà de ses deux composants. Le mélange circule pourtant comme une recette de nettoyage naturel. Utilisés l’un APRÈS l’autre avec un rinçage entre les deux, les deux produits sont sans danger ; mélangés dans le même flacon, non.
Soude caustique ou cristaux de soude+Aluminium→ dihydrogène
L’aluminium est amphotère : il réagit avec les bases fortes. Le dégagement d’hydrogène est vif, inflammable, et dans un récipient fermé il monte en pression. La casserole en alu, elle, est perdue.
White-spirit, térébenthine, acétone+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables
Ces solvants ont un point d’éclair bas et leurs vapeurs sont plus lourdes que l’air : elles s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.
La liste complète est sur la page sécurité.
Questions fréquentes
Pourquoi ma tache de mûre est devenue bleue après le savon ?
Les anthocyanes, les pigments des fruits rouges, changent de couleur selon l'acidité du milieu : rouges en acide, violettes en neutre, bleu-vert en alcalin. Le savon étant alcalin, il fait virer le pigment au bleu-gris sans le fixer davantage. Un rinçage à l'eau froide puis un peu d'acide citrique ramène la teinte vers le rouge.
Faut-il rincer une tache de fruits rouges à l'eau chaude ou froide ?
À l'eau froide, et immédiatement, en abondance et par l'envers du tissu. Le pigment est encore soluble tant qu'il n'a pas séché, et l'eau froide l'emporte sans déclencher l'oxydation que la chaleur accélérerait. L'eau chaude n'intervient qu'ensuite, avec un oxydant, sur une fibre qui la tolère.
Le sel et le vin blanc marchent-ils sur une tache de fruits rouges ?
Ils diluent, rien de plus, et l'eau claire dilue mieux et gratuitement. Le sel n'a aucune action chimique sur un pigment végétal et le vin blanc n'est qu'une eau légèrement acide et alcoolisée. Le seul intérêt de ces recettes est d'occuper la première minute, que l'eau froide occupe mieux.
Comment enlever une tache de fruits rouges séchée ?
Il faut d'abord la réhydrater : la glycérine pure, laissée une heure puis rincée, rend le pigment de nouveau attaquable. On enchaîne avec un oxydant, percarbonate de sodium dans une eau à plus de quarante degrés, ou eau oxygénée à froid sur une fibre délicate. Le pigment n'est pas retiré : sa couleur est détruite.
Sources et méthode
- Classification des taches par classe chimique et des matières par tolérance, telle que publiée sur ce site
- Comportement halochromique des anthocyanes : la même molécule change d'absorption selon le pH du milieu
Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.