En bref

  • Le plastique est la surface où le mauvais produit ne tache pas mais détruit : il blanchit, il voile, il fissure, et le dommage est structurel.
  • Le code de résine, dans un triangle sous la pièce, donne la réponse : 5 pour le polypropylène, 3 pour le PVC, 6 pour le polystyrène, 7 ou ABS/PC pour le reste.
  • La fissuration sous contrainte apparaît là où la pièce est sous tension — angle, clip, tour de vis — et la rupture peut arriver des semaines après le contact.
  • À défaut de code, l’essai est obligatoire : une goutte de solvant sous la pièce, et dix minutes d’attente avant de conclure.

Le plastique est la surface où le mauvais produit ne laisse pas une tache à rattraper : il détruit la pièce. Un solvant inadapté ne colore rien, il blanchit, voile, ramollit ou fissure, et le dommage est structurel plutôt que cosmétique. C’est le seul cas de ce site où une erreur de nettoyage peut faire casser l’objet.

Le mot recouvre au moins six résines aux comportements très différents. Le polypropylène et le polyéthylène résistent bien aux solvants ; le PVC craint les solvants cétoniques ; l’ABS est dissous par l’acétone ; le polycarbonate et le plexiglas se voilent et se fissurent à l’acétone comme à l’alcool ; le polystyrène cède devant presque tous les solvants, y compris le limonène d’un dégraissant d’agrume. Rien ne les distingue à l’œil, et c’est le problème.

Identifier la matière

Cherchez d’abord le code de résine : un triangle de flèches avec un chiffre au centre, moulé sous la pièce, à l’intérieur d’un couvercle ou dans un renfoncement du fond. Il est présent sur la plupart des contenants et sur beaucoup de pièces techniques.

  • 5 — polypropylène. Boîtes alimentaires, seaux, mobilier de jardin, capots d’électroménager. La résine la plus tolérante aux solvants de la liste.
  • 3 — PVC. Fenêtres, tuyaux, sols souples, gaines. Sensible aux solvants cétoniques comme l’acétone.
  • 6 — polystyrène. Boîtiers rigides transparents, emballages, jouets bon marché. La plus fragile : presque tous les solvants l’attaquent.
  • 7, souvent accompagné de ABS ou PC — plastiques techniques. Coques d’appareils, casques, vitrages de sécurité. L’acétone dissout l’ABS, l’acétone et l’alcool voilent le polycarbonate.

Les codes 1, 2 et 4 désignent respectivement le PET des bouteilles et deux densités de polyéthylène, tous trois relativement stables face aux solvants domestiques.

À défaut de marquage, trois indices aident. Un plastique transparent et rigide qui sonne clair et ne se casse pas facilement est du polycarbonate ou du plexiglas, donc dans la catégorie la plus sensible à l’alcool et à l’acétone. Un plastique transparent, rigide et cassant, qui se fend net avec un bruit sec, est du polystyrène. Un plastique souple, légèrement cireux au toucher, sur lequel un feutre permanent perle au lieu d’accrocher, est une polyoléfine — polypropylène ou polyéthylène.

Reste un cas à part, celui des finitions. Une sérigraphie, un marquage imprimé, un revêtement soft-touch ou une texture grainée relèvent de la classe des revêtements et non du plastique : le film part avant que le solvant n’ait atteint la tache. Sur une coque d’appareil portant des inscriptions, on traite comme un revêtement, quelle que soit la résine dessous.

Ce que chaque matière tolère

Toutes ces résines appartiennent à la même classe, le synthétique thermoplastique, et cette classe a deux faiblesses propres qui n’existent pas ailleurs.

La première est la fusion. Ce sont des chaînes de polymère non réticulées, qui glissent les unes sur les autres dès qu’on les chauffe. Selon le plastique, la déformation commence entre soixante et cent vingt degrés, bien avant la fusion : un fer, un sèche-cheveux tenu près, une eau bouillante versée dans un contenant fin suffisent à déformer une pièce ou à lui laisser une marque lustrée définitive.

La seconde est l’attaque par les solvants, et c’est la vraie question de cette page. Un solvant compatible avec le polymère s’insinue entre ses chaînes et lui fait perdre sa cohésion. L’acétone et l’acétate d’éthyle sont les plus destructeurs : sur l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène, ils ne tachent pas, ils trouent ou blanchissent. Le limonène d’un dégraissant d’agrume attaque le polystyrène et certains caoutchoucs. L’éthanol fissure le polystyrène et voile le polycarbonate en exposition prolongée.

Trois voies restent largement ouvertes, et elles couvrent la plupart des cas réels. L’eau chaude avec un tensioactif enlève les corps gras sans risque, à condition de rester sous la température de déformation. L’isopropanol est le solvant le plus sûr de sa famille sur les plastiques techniques — c’est le solvant de référence de l’électronique —, mais il attaque encore certains vernis et sérigraphies. C’est lui qui rend praticable le retrait du marqueur sur du plastique, là où l’acétone détruirait la pièce. Et l’absorbant sec reste utile sur une tache grasse fraîche.

L’action mécanique, en revanche, est presque toujours exclue : un plastique se raye à la dureté d’un ongle. Aucun abrasif, aucune éponge verte, aucune poudre à récurer, y compris sur un polypropylène par ailleurs très résistant chimiquement. C’est une contrainte qui pèse sur le retrait de la colle sur du plastique, où le réflexe serait de gratter.

Le piège propre à cette surface

La fissuration sous contrainte. C’est un mécanisme précis, il porte un nom, et il explique une famille entière de casses inexpliquées.

Un solvant qui « ne fait rien » sur une pièce plate peut détruire la même pièce là où elle est sous tension mécanique : un angle rentrant, un clip d’assemblage, le pourtour d’une vis serrée, une zone déformée au montage. Sur ces points, les chaînes du polymère sont déjà étirées. Le solvant s’insinue entre elles, réduit les forces qui les tiennent ensemble, et la tension fait le reste : il apparaît un réseau de microfissures qui blanchit la matière, souvent en toile d’araignée autour du point de contrainte.

Le plus déroutant est le délai. Les microfissures ne sont pas visibles tout de suite, elles progressent lentement, et la rupture franche peut arriver des jours ou des semaines après le contact. Un boîtier nettoyé à l’acétone se casse au démontage suivant, une visière se fend au premier choc, un accoudoir cède sous une charge qu’il portait sans problème. Le lien avec le nettoyage est alors impossible à faire, et c’est pourquoi ce mécanisme est si peu connu. Il figure parmi les incompatibilités matière listées sur la page de sécurité.

Un second piège tient à la texture. Un plastique grainé attaqué superficiellement par un solvant perd son grain et devient brillant, et il n’existe aucun moyen de le lui rendre. Le lustre est un dommage définitif, comme la fissuration, mais purement visuel — ce qui le rend plus fréquent, parce qu’on ne le craint pas.

Ce qui ne se répare pas

Quatre dommages sont sans retour, et ils sont tous causés par le produit plutôt que par la tache.

Le blanchiment d’abord. Il correspond à une multitude de microfissures qui diffusent la lumière au lieu de la laisser passer. Il n’y a rien à enlever : la structure interne du polymère a changé sur une certaine épaisseur.

Le voile d’un transparent ensuite. Sur un plexiglas ou un polycarbonate, un solvant crée une opacité laiteuse qui traverse la pièce. Un polissage l’atténue parfois sur un plexiglas en supprimant les premiers dixièmes de millimètre, mais il déforme la surface et n’a aucune chance sur un polycarbonate mince.

La fissuration, on l’a vu, est structurelle : la pièce est à remplacer, et il est plus prudent de la remplacer avant qu’elle casse.

La déformation thermique enfin. Une boîte gauchie par une eau trop chaude ou une pièce marquée par un contact chaud a figé une nouvelle géométrie. Elle ne se redresse pas, et une remise en forme à chaud crée une contrainte interne supplémentaire.

Un cinquième cas, différent, mérite d’être nommé : le jaunissement d’un plastique ancien. Il n’est pas une tache mais une oxydation du polymère par les ultraviolets, donc une altération irréversible. Aucun produit ne l’inverse, et les recettes qui prétendent le faire agissent en réalité par abrasion de la surface.

L’essai obligatoire, et les dix minutes d’attente

Sur cette surface, l’essai préalable n’est pas une précaution de confort : c’est la seule information fiable quand le code de résine manque. Et il a une particularité que les autres surfaces n’ont pas.

Le protocole est simple. On choisit un endroit caché et non contraint — le dessous d’une boîte, l’intérieur d’un pied, une face qui ne sera jamais vue —, on y pose une seule goutte du solvant envisagé, et on attend dix minutes. C’est la durée qui compte : l’acétone sur un ABS réagit en quelques secondes, mais l’alcool sur un polycarbonate ou le limonène sur un caoutchouc mettent plusieurs minutes à produire un voile visible. Un essai jugé concluant au bout de trente secondes ne prouve rien.

Ce qu’on regarde, ensuite, se lit en trois signes. Un ramollissement, vérifié en appuyant l’ongle à côté puis sur la zone. Un changement d’aspect : voile laiteux, blanchiment, perte de brillant, disparition du grain. Un transfert de couleur sur le coton-tige, qui signale que le solvant emporte le pigment ou une sérigraphie.

Deux règles complètent l’essai. La première est de ne jamais l’effectuer sur une zone sous contrainte, ce qui inclut les clips et le tour des vis — non pour protéger l’essai, mais parce que c’est là qu’une fissuration s’amorcerait pour de bon. La seconde est d’aller du plus doux au plus fort, en commençant par l’eau savonneuse chaude, puis l’isopropanol dilué, avant seulement d’envisager un solvant plus agressif. Cette progression, et la logique qui la sous-tend, sont détaillées dans la méthode générale ; sur du plastique, elle n’est pas facultative, parce que l’étape sautée est celle qui casse la pièce.

Sur cette page, ne mélangez jamais

  • Eau de Javel+Ammoniaque→ chloramines gazeuses (monochloramine, dichloramine, trichlorure d’azote)

    Gaz lourd, à odeur piquante, qui brûle la conjonctive et les bronches. À forte concentration en local fermé, il provoque un œdème pulmonaire lésionnel qui peut apparaître plusieurs heures après l’exposition, alors qu’on se croit tiré d’affaire.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir immédiatement, ouvrir en grand, ne pas retourner dans la pièce pour « rincer ». Toute gêne respiratoire, même légère, justifie un appel au 15.

  • Eau de Javel+Tout acide (vinaigre, détartrant, esprit de sel, acide citrique, nettoyant WC)→ dichlore gazeux

    L’hypochlorite en milieu acide libère le chlore sous forme de gaz. Odeur de piscine très concentrée, brûlure des voies respiratoires, œdème pulmonaire aux fortes doses. C’est le mélange le plus souvent fait par accident, parce que les deux produits sont voisins sous l’évier.

    Si c’est déjà arrivé :Sortir, ventiler, appeler le 15 en cas de toux ou d’oppression. Ne jamais tenter de neutraliser.

  • Eau de Javel+Alcool (éthanol, isopropanol, alcool à brûler)→ chloroforme et chlorure d’hydrogène

    L’hypochlorite chlore l’alcool. Le chloroforme est narcotique et hépatotoxique ; le chlorure d’hydrogène est un gaz corrosif. Le mélange se produit sans qu’on y pense, en désinfectant à la javel une surface déjà essuyée à l’alcool.

    Si c’est déjà arrivé :Ventiler et quitter la pièce. Rincer abondamment à l’eau claire seulement une fois la pièce aérée.

  • Eau de Javel+Acétone→ chloroforme et chloroacétone

    Réaction exothermique. La chloroacétone est un lacrymogène ; le chloroforme est toxique pour le foie. Cas typique : un flacon de dissolvant renversé sur un plan de travail qu’on vient de javelliser.

  • White-spirit, térébenthine, acétone+Local fermé, flamme, cigarette→ vapeurs inflammables

    Ces solvants ont un point d’éclair bas et leurs vapeurs sont plus lourdes que l’air : elles s’accumulent au sol d’une salle de bain ou d’un garage. Une veilleuse de chaudière suffit. L’inhalation prolongée est par ailleurs neurotoxique.

La liste complète est sur la page sécurité.

Questions fréquentes

L’acétone abîme-t-elle le plastique ?

Elle dissout l’ABS, le polycarbonate, le plexiglas, l’acétate et le polystyrène : sur ces résines elle ne tache pas, elle troue, blanchit ou fissure. Le polypropylène et le polyéthylène la supportent bien mieux. Le code de résine sous la pièce dit lequel des deux cas s’applique.

Comment savoir de quel plastique est faite une pièce ?

Cherchez un triangle avec un chiffre moulé sous la pièce ou à l’intérieur d’un couvercle. Le 5 désigne le polypropylène, le 3 le PVC, le 6 le polystyrène, et le 7 accompagné d’ABS ou de PC les plastiques techniques. En l’absence de marquage, seul un essai sur une face cachée renseigne.

Pourquoi une pièce en plastique casse-t-elle plusieurs semaines après un nettoyage ?

Parce que le solvant s’est insinué entre les chaînes du polymère aux endroits où la pièce est sous tension mécanique. Il s’y forme un réseau de microfissures invisibles qui progresse lentement, puis rompt. Ce délai est ce qui empêche de faire le lien avec le nettoyage.

Sources et méthode

  • Classification interne du site : synthétique thermoplastique
  • Codes d’identification des résines (triangle de recyclage, 1 à 7)
  • Mécanisme de la fissuration sous contrainte en présence de solvant (environmental stress cracking)

Ce site n’a testé aucun produit et n’exerce aucune activité de nettoyage. Il publie des mécanismes physico-chimiques et leurs limites. Sur une pièce de valeur, un doute sur la matière ou une surface étendue, un professionnel reste la bonne réponse.